Des morts des vivants

Ce roman est mon coup de cœur du prix des auteurs inconnus.


Dévoré en quelques jours, Des morts des vivants est un roman fort, déstabilisant et très certainement marquant, pour ne pas dire inoubliable. À lire, assurément !

Résumé : Dans un futur que l’on n’espère pas trop proche, la guerre de civilisations et de religions a eu lieu. La troisième guerre mondiale a fait de l’Europe un vaste champ de ruines, et la bombe d’un nouveau genre qui a ravagé l’Irlande a lâché sur le vieux continent un nuage toxique. Partout où la particule Z est retombée, les morts se relèvent. En Sicile, dans le camp de réfugiés d’Agira, Pip et sa famille tentent de survivre dans des conditions précaires et attendent de pouvoir passer en Tunisie.

 

 

 

 

 


Avis :

Dans la crasse…
Dans ce roman, nous évoluons dans un monde sale, sale et dégoûtant. Autant au sens propre qu’au figuré. Frédéric Soulier prévient que la langue est différente de ce qu’on peut lire d’ordinaire. Il nous prévient que la langue française est « froissée » dans ce roman. Si au début, c’est assez particulier, on se rend rapidement compte que cette manière d’aborder le récit participe grandement à l’histoire. Et c’est là même le but de l’auteur. Alors, on tombe, tête la première, dans ce roman. Dès les premiers chapitres, je savais que ce roman allait être une pépite. Ici, tout est sale. Oui, c’est le mot qui représente ce roman. Nous évoluons dans une saleté constante et pourtant, on ne se plaint pas. On ne se plaint pas, car tout, chaque actions, chaque événements, transpirent une réalité qu’on aimerait ne pas voir. Mais elle est là, elle s’impose à nous. Et on la regarde, on ne peut pas détourner les yeux. Ce ne serait pas correct, alors, on regarde. Et toute la crasse, toute l’horreur, toute la décadence de l’humanité nous saute à la gorge…

La narration…
Cette histoire est contée par le personnage principal, même si chaque protagoniste mérite son nom en haut de l’affiche. Elle est narrée des années plus tard. Donc, nous alternons entre des phases du passé et des phases du présent. Ce style d’écriture participe donc à cet effet de langage oral, puisque le narrateur parle comme l’histoire lui vient. Rien n’est faux finalement, j’ai trouvé que tout transpirait une réalité difficile. Chacun de ses mots. Chacun de ses gestes.

Des thèmes forts…
Au fil du récit, on se heurte à des vérités difficiles, parce que Frédéric Soulier nous dépeint un monde qui pourrait exister. Si on met de côté l’aspect zombiesque, qui n’est, finalement, qu’une goutte d’eau dans l’océan, tout ce qui forme ce roman sonne réel, d’une telle force que j’ai trouvé cela à la fois déstabilisant et rassurant.
Déstabilisant parce qu’on se prend toute la puanteur de l’humanité en pleine face, parce qu’on se prend toute la noirceur de l’Homme… Nos protagonistes vivent dans le défouloir des humains, ils vivent dans un camp de réfugiés, un bidon ville où ils sont parqués comme des bêtes, et traités comme telles. Là-bas, c’est la loi du plus fort, et ça tout le monde l’a compris. Dans un monde qui a connu tant d’avancées sociales, économiques, humanistes… la régression est effrayante ! On y parle de racisme, de pédophilie, de guerre, de religion, de violence,… On y parle de toutes les tares d’une humanité qu’on préfère oublier, qu’on préfère laisser cacher, derrière un rideau de faux-semblants.
Et puis, c’est rassurant… Rassurant parce que malgré cette crasse qui nous collent aux basques, il existe encore des valeurs : l’amour, l’amitié, l’espoir…

Les clins d’œil… 
Avant que vous pensiez tomber sur un roman très dur et dérangeant au possible, sachez que des touches d’humour sont tout de même dispensées par-ci, par-là. Sûrement pour alléger le tout. J’ai également relevé quelques clins d’œil. Notamment à l’animé Bob l’éponge, que Frédéric Soulier suppose durer « dans un futur que l’on n’espère par si proche que ça ». Et puis, il m’a semblé qu’il faisait référence à quelques uns de ses ouvrages. Enfin, si je ne me trompe pas. J’ai relevé « le cri sauvage de l’âme », et « L’appel du Dieu-Ventre ».

Au final, j’ai adoré ce roman et je reste déçue qu’il n’ait pas été sélectionné pour le Prix des auteurs inconnus. Je suis donc très satisfaite de le mettre en lumière en en faisant mon coup de cœur. Frédéric Soulier nous montre encore une fois l’étendue de son talent ! Un roman à découvrir !

Le trou de ver dans la maison du crack

Adressé à un public averti


Quand une nouvelle devient affreusement jouissante… Quand l’horreur se mêle au fantastique, la réalité au fantasque… Je vous parle de Trou de ver dans la maison du crack de Frédéric Soulier. Une sacrée claque !

Résumé : Trois junkies découvrent par hasard un minuscule trou invisible sur un mur de leur appartement. Un trou de ver menant vers un autre monde, qui pourrait bien leur offrir la perspective d’une vie meilleure.


Avis :

L’intrigue…
Nous allons suivre trois amis : une nana plutôt agréable à regarder (enfin pas qu’à regarder à ce que j’ai lu), un mec complètement paumé et un autre aussi paumé mais qui au moins, profite de la vie avec la nana-agréable-à-regarder-mais-pas-que-si-vous-voyez-ce-que-je-veux-dire. Bref, vous aurez compris, on tombe dans un huis-clos assez dérangé mais ce n’est pas pour nous gêner. Entre les propos crus du narrateur, les scènes qui vont avec et l’aspect fantastique du schmilblick, je peux vous dire qu’il y a de quoi faire. Bon, alors, déjà, c’est quoi un trou de ver ? Dans ma grande sagesse, je suis allée jeter un œil à ce qu’on en dit sur le net. Comprenez, je pensais avoir affaire à un trou fait par un ver… Pour faire simple (merci Wikipédia), « Un trou de ver formerait un raccourci à travers l’espace-temps. ». Eh bien, c’est ça l’histoire. Nos deux paumés et la nana, allez disons-le, bien roulée, découvrent un trou de ver dans leur appartement miteux. Mais entre la réalité et la fiction, la frontière est bien mince… Surtout quand nos personnages s’amusent à se droguer… Ne sommes-nous pas dans la maison du crack ?

Réel ou fantasque ?
C’est quelque chose qui nous poursuit tout le long de l’histoire. Est-ce réel ? Y a-t-il vraiment un passage vers un autre monde dans le mur de leur appart’ ou tout cela n’est-il que fabulation ? Qu’une création d’un esprit embrumé par les drogues ? Oui, parce qu’il est important de préciser que cette histoire nous est contée par l’un des paumés. C’est celui qui paie l’appartement et qui peut même pas s’en payer une bonne avec la nana bien roulée, si ça c’est pas de l’injustice… Bah, ce gars-là, il se drogue, il profite de sa petite vie tranquille quoi. Mais alors tout ce qu’il nous dit-là, c’est vrai ? Ou c’est lui qui se paie de sacrées hallucinations ? Difficile de savoir… L’auteur nous laisse sans doute le loisir et le plaisir de choisir nous-même ce qui est réel ou pas.

Jouissif…
Ah, c’était avec une joie certaine et que je camoufle à peine, que je me suis lancée dans un nouveau Soulier. J’avais fait une razzia à la fnac sur pas mal de ses nouvelles il y a quelques mois, donc quelques unes m’attendent encore. D’ailleurs, pas que des nouvelles puisque Des morts, des vivants patiente aussi sagement. Quelle joie, je disais donc, de lire du Soulier. Son style est un régal à chacune de mes découvertes. Ici, ses propos crus, le langage parlé, nous immergent immédiatement dans l’ambiance sale, à désinfecter à la javelle, de l’histoire. C’est toujours avec un maniement brillant de la langue française que Frédéric Soulier nous transporte dans son imaginaire, jouant avec les différents registres. Ici, le langage familier, les scènes sexuelles exhibitionnistes et la crasse de l’ambiance générale rendent le texte terriblement jouissif.

Au final, encore un carton plein avec cette nouvelle. Une histoire décalée et glauque, à découvrir ! Attention néanmoins, adressée à un public averti ! 

L’appel du Dieu-ventre

Attention : adressé à un public averti


Quel bonheur, une fois encore, de lire du Frédéric Soulier ! L’appel du Dieu-ventre est une novella que je voulais lire depuis longtemps, et sans être étonnée, je l’ai dévoré !

Résumé (de malade) : En 1757, le navigateur hollandais Van Huydt signale pour la première fois l’île Wilson. Dans son journal, l’écrivain de bord la décrit comme « une langue morne et paresseuse de sable blanc, déserte, entourée par de dangereux récifs qui en interdisent l’accès ». Le capitaine consigne son emplacement sur sa carte mais la situe deux cents kilomètres trop à l’ouest. À cette époque en effet, les instruments manquaient de précision dans les longitudes et les positions étaient souvent déterminées à l’estimation.
Il faut attendre 1893 pour que l’île soit redécouverte. Lord Timothy Wilson, capitaine du HMS Tantalus, repère une passe à l’ouest entre les brisants. Il fait mettre une chaloupe à la mer avec six hommes et débarque sur ce « paradis perdu où l’homme n’a jamais laissé ses empreintes ». Croit-il…
Wilson plante le pavillon britannique, mais pendant ce temps la houle se lève et les sept hommes resteront bloqués trois jours sur l’île avant de pouvoir rejoindre leur bâtiment.
Par la suite, l’île change deux fois de souveraineté. Rétrocédée aux Pays-Bas en 1903, elle redevient britannique en 1936. Elle n’est plus visitée jusqu’en 1961 où une expédition franco-britannique débarque cinquante tonnes de matériel afin de construire une station météorologique sur ce carrefour cyclonique, et récolter de précieuses données. En 1970, le terrassement des fondations d’une extension met au jour des ossements humains, ainsi qu’une cassette renfermant un manuscrit et deux carnets de croquis.
Le contenu de ce journal intime est si choquant qu’il a à l’époque été décidé de n’en rien révéler. En 2008, des fouilles archéologiques ont permis de confirmer une partie du récit de l’auteur. En 2013, suite à des fuites et de nombreuses rumeurs sur des forums occultes et sites internet conspirationnistes, décision a été prise d’en divulguer l’entièreté.
Afin de restituer le plus fidèlement l’état psychologique de l’auteur, les ratures, les solécismes, fautes d’orthographe et de grammaire, les oublis et les répétitions de mots, absents au début du récit, ont été reproduits tels quels (les mots en gras soulignés signalent les mots raturés dans le manuscrit).


Avis :

L’intrigue…
Ce récit est raconté par le personnage lui-même. Le narrateur est donc le protagoniste, et il est à ce moment-là interne. Nous suivons donc ce narrateur, un aristocrate, que rien ne prédestinait à s’échouer sur une île, complètement déserte. Il débarque donc – chance ou malchance ? – sur cette île avec d’autres hommes, sa mère et sa fiancée. Mais voilà, les jours, les semaines passent et il n’y a rien à manger…
C’est l’histoire de la déchéance humaine : jusqu’où pourrions nous aller pour survivre ?

À la façon d’un journal de bord…
J’ai adoré cette manière très réaliste d’exposer l’histoire. Sous forme de carnet de bord, on va suivre l’épopée de nos protagonistes, racontée par un homme, un bourgeois. Nous avons les ratures, les passages illisibles qui rendent le tout tellement vrai, que ça en deviendrait presque perturbant. J’ai lu un journal de bord, pas mal vieux, d’un homme qui a vécu sur une île déserte, faisant tout pour survivre. Cette manière d’aborder le récit pourra en dérouter certain. Il faut dire que par moment, il manque carrément des bouts de phrases. Mais j’ai trouvé que ça se calait parfaitement avec l’ambiance du texte, et ça m’a enchantée.

L’horreur humaine…
Dans cette novella, Frédéric Soulier fait ressentir ce qu’il y a de plus mauvais en l’Homme lorsqu’il sent qu’il est au bord du gouffre. Et, clairement, ça nous amène à réfléchir. Et nous, comment réagirions nous ? Sans eau, sans nourriture, comment affronterions-nous le problème ? On assiste alors à des scènes extraordinaires, où toute bienséance disparaît, ne laissant seulement place à un besoin, presque impérieux, de manger. Et peu importe ce qui est mangé. C’est là toute la problématique de la novella. Peu importe ce qui est mangé, c’est l’appel du Dieu-ventre, et rien ne lui résiste.

Au final, encore une très très belle découverte dans l’univers de Frédéric Soulier. J’attendais de lire cette novella avec impatience, et je n’ai pas été déçue ! Un vrai régal !