Lionel Cruzille

Lionel Cruzille est auteur de plusieurs romans ayant tous en commun leur caractère spirituel. Auteur, certes, mais éditeur également avec les éditions l’Alchimiste. Et c’est en mélangeant tout ça qu’on obtient une campagne pour une édition prestige de la trilogie Le Concile de Merlin.

Pour commencer cet entretien, citez 3 mots qui vous définissent.

Décidé, créatif, intuitif.

Vous êtes auteur de plusieurs romans, depuis combien de temps écrivez-vous ? Quelle est votre première histoire ?

J’écris depuis presque 20 ans. Ma toute première histoire n’a pas été publiée. Avant d’écrire des livres, j’écrivais des textes de chanson pour notre groupe de musique aussi.

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Auteur certes, mais également éditeur. Parlez-nous un peu de cette envie de vous lancer dans l’édition. Votre plus belle surprise ? Votre plus grande déconvenue ?

J’ai eu un parcours professionnel plutôt hétéroclite : à l’usine, puis aide-soignant puis praticien shiatsu et professeur de qi gong, auteur et enfin éditeur. Ma plus belle surprise, si on peut dire ça ainsi, a été la découverte de la méditation et des enseignements de l’Inde et de la Chine anciennes. Ma plus grande déconvenue serait peut-être mon expérience aux urgences à Paris. Ça m’a tellement usé (surtout de nuit) et j’ai trouvé ces années si dures et violentes que j’ai carrément quitté le métier paramédical, tirant un trait sur plusieurs années d’expériences professionnelles et un poste dans la fonction publique…

Y a-t-il un sujet particulier qui n’a pas encore été abordé dans votre maison d’édition que vous apprécieriez vraiment découvrir ?

Il y a un sujet qui n’a pour l’instant été évoqué qu’une fois (Géolab de Damien Guirand) et que nous aimerions beaucoup lire plus : l’utopie. Nous avons besoin d’imaginer demain pour le créer aujourd’hui. Nos livres sont là pour ça, imaginer, réfléchir, agir.

Votre leitmotiv est « L’imaginaire comme questionnement du réel », en quoi vos propres romans s’y inscrivent-ils, et en particulier Le Concile de Merlin ?

Depuis mon enfance, j’ai toujours cherché du sens : à nos existences, à la guerre, à l’espace, à nos pensées, à l’invisible, aux rêves prémonitoires… J’ai donc écrit sur ces sujets, investiguant, imaginant. J’ai, du coup, pas mal écrit avec des sorciers et des chamans comme personnages, y compris dans 2048. Dans Le Concile de Merlin, il y a moult sujets qui sont abordés : la magie, bien sûr, la guérison par les plantes, la montée du Christianisme, le déclin du druidisme. Mais aussi l’exil, les guerres, les complots. À travers tout cela, j’ai voulu renvoyé le lecteur à la possibilité d’une autre lecture de l’Histoire autant que notre propre quotidien. Les Bretons ont fui les invasions des Angles et des Saxes. Ils se sont retrouvés en exil en Gaule et jusqu’en Galice. En quoi sont-ils différents des Syriens par exemple ? Une guerre est une guerre…

Le Concile de Merlin est une trilogie ancrée dans l’univers mythologique des légendes arthuriennes, pourquoi ce choix ? Qu’est-ce qui vous attire dans cette mythologie ?

D’abord parce que c’est une passion d’enfance. Le mythe est superbe, riche, plein d’enseignements. Mais en m’y penchant, plusieurs choses m’intriguaient. J’ai découvert qu’il y avait des traces historiques derrière le mythe. Ça m’a enthousiasmé. La plupart des récits ou film le place en plein Moyen-Âge (1000 ou 1200) alors qu’il est bien plus probable que cette légende se soit bâtie dans le Haut-Moyen-Âge, vers l’an 500, à l’époque des invasions Pictes, Angles et Saxes, sur le sud-ouest de l’Angleterre, alors occupée par les peuples brittoniques (celtes). Le Roi Arthur a probablement été ce qu’on nommait un « Dux Bellorum », un chef de guerre. Et certainement « Arthur » viendrait de « Artorus », le « sanglier » et aurait un surnom. Certains disent que ce surnom, ou titre, aurait peut-être celui d’Aurélianus Ambrosius, dont l’existence est avérée et corroborée plusieurs fois par des contemporains. Ambrosius était un ancien chef de l’armée romain (retirée du pays plusieurs années auparavant) et aurait combattu au Mont Badon et peut-être Camlaan. D’autres sources disent qu’Ambrosius aurait été le père d’Arthur. J’ai choisi cette option.

La religion et le spirituel ont une place importante dans ce roman, qu’est-ce que cela représente pour vous ? Pensez-vous que l’un ne va pas sans l’autre ? De quelle manière est-ce abordé dans le roman ?

Pour moi religion et spiritualité ne sont (malheureusement) pas automatiquement liées. On peut être religieux avec une vie spirituelle réelle pauvre et ne vivre sa religion qu’au niveau dogmatique, mécaniquement, sans transcendance. Justement, dans le roman, on peut penser au départ que les « camps » sont bien dessinés : les bons druides et les méchants ecclésiastiques, les bons mages et les mages noirs, etc. Mais peu à peu, on découvre une réalité plus subtile. L’héroïne le voit elle-même par ses découvertes, tant sur l’intrigue que sur le passé de son père et d’Arthur lui-même. En tout cas, ici, nous voyons clairement que ce qui compte au final n’est pas la religion, mais bien la vie spirituelle authentique, celle de l’esprit et du cœur, quelle que soit la religion ou qu’il n’y ait pas de religion du tout d’ailleurs.

Vous lancez une campagne pour sortir une version limitée et prestigieuse de cette trilogie, pourquoi avoir opté spécifiquement pour le Concile de Merlin ? Pourquoi le choix du Crowdfunding ?

D’abord parce qu’il s’agit d’un investissement important. Ensuite parce que cela permet d’éviter tout gâchis. Et c’est un fonctionnement qui marche sur la confiance. Les lecteurs croient dans le projet et donc cautionnent en achetant à l’avance un livre qui n’existe pas encore. Ainsi, il n’y aura pas de pilon et de plus, comme le défend notre partenaire du Projets Sillex, nous proposons un circuit court : de l’éditeur au lecteur, sans intermédiaire.

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La nouvelle version de la trilogie sortira donc en tirage limité, taille plus importante, et couverture cartonnée, mais vous allez également y introduire des cartes et des illustrations. Parlez-nous un peu de ces cartes. Quel est le cheminement pour réussir à produire une carte cohérente ?

Oui, le tirage sera de 500 exemplaires, en couverture rigide avec illustrations intérieures. Les cartes sont basées sur de vraies cartes historiques. Nous les avons redessinés à la main et enrichis. L’intérieur sera complété de dessins de Dartgarry et de moi-même. Les miens seront intégrés comme des croquis de quelqu’un tenant un carnet de voyage (ce qui est un thème qu’on croise beaucoup dans le roman). Dartgarry aura quant à lui 3 doubles pages, une pour chaque « livre » intérieur.

Le Concile de Merlin version prestige va sortir avec des illustrations signées Dartgarry. Ma question est simple : Pourquoi lui ?

Parce qu’il fait est magnifique 🙂 En fait, j’avais déjà flashé sur ses illustrations pour le jeu Mysterium. Du coup, je l’ai contacté et il a accepté. Les choses ont commencé ainsi.

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Pourquoi avoir décidé d’introduire des illustrations dans un roman ? Le propre d’un roman n’est-il pas de laisser l’imagination du lecteur faire son office ?

Bonne remarque. Je pense que c’est lié à l’intention première, lors de l’écriture du roman, j’ai toujours imaginé le doter d’illustration. Mais rassurez-vous, le roman est riche d’images qui resteront uniquement pour le lecteur !

Avec Le Concile de Merlin vous avez exposé les légendes Arthurienne, y a-t-il d’autres œuvres s’inscrivant dans le même univers que vous nous recommanderiez ?

L’un particulièrement m’a marqué : le Testament de Merlin, du poète Théophile Briant. Et bien sûr les livres de Fetjaine.

Pour terminer cet entretien, vous avez le dernier mot.

Mille mercis pour cet entretien et je souhaite aux futurs lecteurs un magnifique voyage en compagnie de Gwendaëlle, la fille du plus grand enchanteur !

Convaincu.e ? Participez à la campagne en cliquant ici !

Mélodie Smacs

Mélodie Smacs est une autrice passionnée des créatures fantastiques. Mêlant imaginaire et romance, elle nous propulse dans des univers, perdus entre rêve et passion. Amours Fauves est sa dernière sortie en date, un roman à ne pas manquer !

Vous êtes autrice de roman mêlant les genres de l’imaginaire à la romance, pourquoi ce choix ? Est-ce difficile de faire en sorte qu’un genre n’empiète pas sur l’autre ? Comment dosez-vous ?

Je suis une inconditionnelle de la romance, j’aime l’amour et je n’ai pas peur de le revendiquer. Toutefois, je suis aussi une grande rêveuse, ce que je retrouve davantage dans de l’imaginaire que du contemporain. J’ai découvert le mélange de ces genres grâce à la série Mercy Thompson, de Patricia Briggs, et ça a été une vraie révélation pour moi, même si j’écris parfois de la romance contemporaine (Hiver gagnant, chez BMR).
Je ne sais pas si c’est difficile, c’est en effet un dosage à trouver, qui peut varier d’une histoire à une autre, en fonction de mes envies ou de la trame principale. Dans Amours fauves, le début manquait un peu de romance à l’origine, mais en écrivant la suite, les personnages se sont davantage révélés à moi, alors j’en ai ajouté, pour, je pense, un meilleur équilibre. Même quand on croit que c’est fini, il reste du travail !

Quel est votre premier roman publié ? Parlez-nous en un peu. Qu’est-ce que ça vous a fait d’être publié pour la première fois ?

Mon premier roman publié est Plume, chez Livresque éditions. Il s’agit d’un roman un peu particulier, car il est composé de trois nouvelles, qui se suivent, avec la même héroïne. Plume est une sirène qui adore le monde terrestre, mais elle n’a pas le droit de s’en approcher – comme une certaine Ariel. Il s’agit une fois encore d’une romance imaginaire, avec une écriture plutôt poétique et une grande dose d’espoir.
J’ai eu des nouvelles publiées avant la sortie de Plume, mais je reconnais que c’est différent. Tenir un livre qui ne contient que l’une de nos histoires entre nos mains, c’est un sentiment incroyable. Une joie intense, et une grande fierté aussi.

Amours Fauves est sorti le 3 avril, d’abord, y aura-t-il une suite ?

Ah ah ! Il y a en effet quelques éléments dans Amours fauves qui pourraient laisser entendre une suite et nous en avons discuté avec mon éditrice. Malheureusement, il me faudrait effectuer de nombreuses recherches avant de passer à la phase d’écriture, et ce n’est pas dans mon planning immédiat, mais c’est une possibilité…

Dans ce roman, vous traitez de la noblesse en opposition à ce que vous appelez le « tout-venant », pourquoi ce choix d’ambiance ? Est-ce un message que vous avez voulu faire passer de manière déguisée ?

L’idée d’Amours fauves est en fait partie de son prologue, que j’avais écrit pour le forum d’écriture L’atelier des Scribtonautes, où je suis administratrice. L’ambiance du bal masqué, avec son côté scintillant, la musique de style princier, ainsi que le décor, m’ont donné envie d’écrire cette histoire dans un tel contexte. Ensuite, le personnage de Meg est arrivé, et j’ai tout de suite voulu marquer une différence de classe sociale entre elle et cet univers. Je suis sensible aux injustices, notamment de ce type, alors il y a peut-être bien un message derrière tout ça, en effet.

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Amours Fauves est un roman plutôt original, dont le mode opératoire du tueur pourrait sans nul doute nous mettre sur une fausse piste (et rendre le bouquin bien moins original), pourquoi ce choix ? Était-ce volontaire ? Parlez-nous un peu de ce « tueur du Bal ».

Amours fauves est en quelque sorte un pari. C’est une histoire que je considère en dehors des sentiers battus, avec un énorme risque pris sur les personnages et ce fameux « tueur du Bal ». J’apprécie énormément les histoires de métamorphes, moins celles de vampires, bien que j’en écrive aussi. Ici, il s’agit d’une enquête, et mener le lecteur sur de fausses pistes m’a beaucoup amusée. C’était donc tout à fait volontaire, même si en réalité, la nature du tueur est révélée dès le prologue.

Dans le roman vous distillez quelques informations sur le passé des protagonistes, vous sentiriez-vous prête à réaliser un prequel sur chacun des personnages ? Vous attendiez-vous à susciter l’intérêt en ne proposant que quelques éléments de réponses ?

À vrai dire, pour le moment, j’ai plus l’idée d’une suite, qui les ramènerait à leurs origines. Tout n’est en effet pas dit sur leur passé dans Amours fauves, et je suis ravie de voir que leur histoire à chacun suscite de l’intérêt ! Je pense toutefois que j’aurais des difficultés à écrire un prequel sur chacun d’eux, car il me manquerait la romance et j’ai maintenant du mal à les voir l’un sans l’autre.

Et si on parlait un peu de la genèse de ce roman ? D’où vous est venue l’idée et finalement, comment s’est construit ce roman, jusqu’à sa version finale ?

Comme je vous l’ai dit, tout a débuté avec le prologue, en réponse au thème « bal masqué ». Par la suite, les personnages se sont révélés à moi, ainsi que l’enquête de départ. J’avais écrit une simple nouvelle, qui s’arrêtait au moment de la révélation de l’identité du « tueur du Bal », qui était à l’origine cachée, malgré les chapitres de son point de vue. J’avais donc écrit ses chapitres sans jamais le nommer et avec beaucoup moins d’indications sur son passé. Je reconnais que cet exercice m’a plu, pour sa complexité et l’envie de maintenir le mystère pour le lecteur.
Mon éditrice a beaucoup aimé cette nouvelle, et m’a demandé de la grossir. J’ai senti que tout n’avait pas été dit, que ça manquait notamment de romance, alors je lui ai proposé une suite, qu’elle a vite acceptée et m’a aidée à approfondir encore.
C’est donc un roman un peu particulier, qui a été construit en plusieurs étapes. Je reconnais que je suis plutôt fière du résultat final !

Amours Fauves est votre dernière parution en date, mais revenons un peu en arrière avec Plume. Ce texte traite des sirènes, pourquoi ce choix de créature fantastique ?

De la même façon que pour Amours fauves, Plume est apparue suite à un thème proposé sur mon forum d’écriture, dont l’intitulé était « une plume sur l’océan ». J’avais envie de jouer sur les mots, et ma sirène au fort tempérament s’est assez vite imposée à moi, mais c’est Marine Gautier, mon amie et une auteure Alter Real, qui m’a proposé de l’appeler « Plume ». J’ai adoré l’idée !
Les sirènes font partie des créatures que j’affectionne beaucoup, en partie grâce à La petite sirène, mais aussi pour le mythe qu’elles incarnent. En plus, j’ai peur de l’océan, et je crois que le « rêve » de la sirène est une manière pour moi de chasser un peu cette phobie.

Métamorphes, sirènes, et même Kitsune dans votre prochain roman à paraître en 2021, L’éternel de Te Rangi, quelle est finalement votre créature fantastique préférée ? Celle sur laquelle vous aimeriez absolument écrire un bouquin ? Et, celle que vous n’appréciez pas du tout ?

J’ai aussi des démons et des anges dans ma série Helden, et j’avoue que je les aime énormément, mais je crois que ma créature préférée est un classique du genre : le dragon. J’ai quelques projets d’écriture autour de ces créatures, et une nouvelle parue dans l’anthologie De Terre et de Feu, chez RroyzZ, mais comme j’aimerais vraiment leur rendre honneur, je prends davantage mon temps.
Je ne peux pas dire que je ne les apprécie pas du tout, plutôt que j’aime moins la manière un peu trop idyllique à mon goût que certains auteurs font des vampires. Pour moi, ce sont des créatures malfaisantes à l’origine, et il ne faut pas l’oublier. Pourtant, j’ai été follement amoureuse d’Angel dans Buffy !

Avez-vous d’autres projets ? Parlez-nous de vos idées et histoires à venir.

Je croule sous les projets ! J’ai beaucoup d’idées, alors j’essaie de les ordonner un peu. En ce moment, j’écris avec le point de vue du personnage masculin principal d’Helden, mais j’ai aussi une idée de spin-off sur un personnage secondaire de cette série, que j’ai commencé, mais que je laisse de côté pendant un petit moment, car j’aimerais reprendre mon projet de Space Opera. Ça serait une première pour moi la Science-fiction, et ça me tente beaucoup, surtout que mon héroïne a du mordant ! Quelques idées de romances contemporaines, dont une qui se déroulerait au Japon, et me demande donc un travail de recherche conséquent.
Bref, j’ai de quoi écrire pendant encore plusieurs années, et j’espère bien que ça ne s’arrêtera jamais !

Et si on parlait un peu de vous et votre rapport à la culture ? Votre dernier livre lu ? Ou celui en cours de lecture ?

Mon dernier livre terminé est le premier tome de Le sixième monde, un post-apo navajo plutôt plaisant, et je suis en train de finir le tome 2 de Black Diamond, une romance fantastique avec des vampires, comme quoi !

Si j’adore les romans qui mêlent fantastique et romance, quel titre me recommanderiez-vous ?

Ceux de Patricia Briggs, les yeux fermés. La série Dragon Love, de Lil Evans, que j’ai découvert il y a peu, et que j’ai dévorée. Et si vous aimez le steam punk fantastique avec de la romance, la série Le protectorat de l’ombrelle, de Gail Carriger, une pure merveille avec beaucoup d’humour et tout un tas de créature.

Si je vous dis Harry Potter, Seigneurs des Anneaux, ou Star Wars, vous me répondez ?

Choix difficile… Star Wars avec une toute petite avance sur les autres !

Pour terminer, parlez-nous un peu de vos liens à la lecture et à l’écriture. Sont-ils différents ?

Je ne pense pas, car j’écris assez dans les genres que je lis. J’aime les deux, même si je regrette de ne pas y consacrer assez de temps.

Eva de Kerlan – Autrice

Eva de Kerlan est une autrice prolifique et éclectique, qui écrit aussi bien de la romance que du fantastique. Avec sa plume fluide et élégante, elle nous transporte dans ses histoires originales et addictives. Une autrice à suivre…

Vous êtes une écrivaine productive, flirtant entre les genres, entre science-fiction et romance, comment réussissez-vous à jongler ainsi entre les genres littéraires ? Avez-vous un genre favori ?

Personnellement je n’ai pas la sensation d’avoir de difficulté à passer d’un genre à l’autre. Je connais les limites que je m’impose pour chaque type de textes, et j’apporte un style spécifique à chaque fois. Pour moi c’est un peu comme ouvrir un dossier différent et m’y plonger 😉
J’adore tout particulièrement écrire la SF et la fantasy, car mon imaginaire y a moins de limitations qu’en romance. Mais écrire en romance m’apporte d’autres points que j’apprécie et qui sont à l’inverse moins présents en SF. L’un dans l’autre ça s’équilibre 😉

Vous écrivez beaucoup de romances, quel est votre sous-genre favori ? En lisez-vous ? D’où puisez-vous votre inspiration ?

Mmmm je ne saurais pas trop te dire quel sous-genre je préfère. Je n’ai pas vraiment de favori dans ce domaine-là. J’en lis, oui, mais pas beaucoup par rapport aux romans d’aventure, d’histoire ou de fantastique que je dévore.
Quant à mon inspiration, je la trouve un peu partout. Une musique, une situation, un article de presse (ma dernière romance), des dessin (ma trilogie SF Ephémères), quelques mots… tout et rien peut me donner l’idée d’un prochain texte.

Quel roman vous a le plus marquée, vous inspirant peut-être dans votre carrière d’écrivaine ? D’ailleurs, pourquoi être devenue autrice de romans ?

Un roman d’un autre auteur ? difficile à dire, il y en a plusieurs. Peut-être « Mermère » de Hugo Verlomme, un récit que j’ai lu très tôt dans ma vie et qui m’a beaucoup fait voyagé. Mais il y en aurait d’autres que je pourrais citer : la saga des enfants de la terre de JM Auel par exemple, je l’ai lu aussi très tôt et j’avais été impressionnée par 1/ le volume des romans, car ce sont de beaux pavés à chaque fois, et 2/ la complexité et la profondeur de l’intrigue.
Pourquoi être devenue écrivain ? je sais pas. J’ai toujours aimé écrire, ça me vient naturellement, c’est comme respirer. Ça m’est indispensable. J’écrivais pour moi-même, sans réel objectif de publication, depuis des années, quand on m’a proposé d’écrire ma première romance. Je me suis lancée, c’était une opportunité, un challenge à relever et aussi un rêve à concrétiser. Vivre de sa passion, c’est magnifique.

Vous écrivez que des romans, pourquoi pas de récits plus courts ? Comme des nouvelles, des novellas ? Est-ce un format qui vous intrigue ? Vous plaît ? Vous révulse ?

Je suis pas très douée pour les récits courts !!! je m’y suis essayée, j’ai même un recueil de nouvelles plutôt sulfureuses que je réédite en auto-édition fin 2019. Mais pour moi, des textes courts ne me donnent pas assez d’espace pour poser mes descriptions ou approfondir mes personnages. J’ai besoin de plus de pages que cela 😉 Cela dit j’aimerais vraiment savoir composer des récits plus courts et évocateurs. J’envie ceux qui y parviennent facilement. Peut-être qu’un jour, à force de persévérance…

Vous avez écrit l’adaptation romanesque d’un jeu, Is it love, Matt, comment cette collaboration s’est-elle déroulée ? Etait-ce une écriture facile ? Ou plus complexe que les idées qui viennent directement de vous ? Racontez-nous un peu la genèse de ce récit.

Deux adaptations même ! Il y a Ryan aussi 😉
La collaboration s’est plutôt bien déroulée, je n’ai pas eu à m’en plaindre. Après c’était un gros défi à relever, et dans des délais très serrés. Ça n’est pas forcément l’écriture la plus facile qui soit à réaliser, car il y a énormément de paramètres à prendre en compte et contrairement à une histoire que l’on conçoit en totalité, là je n’avais pas la mainmise ou la maitrise de tous ces paramètres, c’était une contrainte supplémentaire. Mais j’ai vraiment adoré m’y plonger et donner cette profondeur aux héros que l’on n’a pas dans les jeux, puisqu’ils n’ont pas la parole.
J’ai donc dû potasser très sérieusement le scenario et m’immerger de l’univers du jeu vidéo, afin de pouvoir le retranscrire dans le livre. Le plus dur a sans doute été de se défaire du scenario existant pour concevoir un récit indépendant mais ressemblant.
J’ai beaucoup adoré écrier ces adaptations, je crois que je recommencerai avec plaisir si on m’en donne la possibilité.

« J’ai toujours aimé écrire, ça me vient naturellement, c’est comme respirer. Ça m’est indispensable. J’écrivais pour moi-même, sans réel objectif de publication, depuis des années, quand on m’a proposé d’écrire ma première romance. » – Eva de Kerlan

Vous aimeriez écrire le roman d’un film par exemple ? Vous avez peut-être une idée en tête, si vous pouviez écrire le roman d’un film, vous choisiriez lequel ?

Un film ? Wow ça serait quelque chose, ça ! Mon cœur irait direct sur Avatar, ou Titanic, tant ce sont des films qui m’ont marquée. Mais je crois que je rêve un peu beaucoup, là….

Parlons d’une romance plus noire, Love me Lou est votre premier roman s’inscrivant dans le genre de la dark romance, pourquoi vous être lancée dans ce genre ? Qu’avez-vous ressenti lors du processus de l’écriture ? En quoi est-ce différent de l’écriture d’une romance contemporaine classique ?

Lou… Lou, il est à part dans tout ce que j’ai écrit, en effet. Je ne sais pas trop en fait pourquoi j’en ai fait un texte aussi sombre. A la base, Lou parlait d’une jeune femme douce qui allait devoir surmonter bien des dangers pour aider l’homme qu’elle aime, poursuivi par des malfrats. Le texte a évolué au fur et à mesure que j’y ai songé et pensé, pour devenir quelque chose de totalement différent de ce que j’écris d’ordinaire. L’envie d’un nouveau défi peut-être… de faire de l’inédit.
Je suis passée par toutes les phases d’émotion existants dans ce texte, je les ai vécu et ça a été d’autant plus difficile et éprouvant que certains éléments sont basés sur mon propre vécu. Bref en un mot écrier ce récit a été atroce et j’en ai souffert à tous les niveaux.
Me concernant, le processus n’était pas différent de ce que j’écris d’ordinaire, que ce soit de la contemporaine ou de la SF. C’est juste que comme je m’imprègne de mon histoire, la dureté du texte a eu un impact sur moi.

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Love me Lou traite d’une romance, mais surtout d’une relation toxique entre deux ‘amis’. Le roman a, à mon sens, davantage des aires de thriller que de romance, cela était-il voulu ? Mettre la romance au second plan était-il prévu ? Ou une conséquence ?

Plutôt une conséquence en fait. Je n’avais pas prévu que le roman prendrait ce type de tournure, et comme ça arrive souvent lors de l’écriture d’un texte, l’histoire et les héros ont pris le pas sur l’idée initiale.

Vous êtes également l’autrice d’une trilogie de science-fiction, Ephémères, dont j’avais pu découvrir le premier tome qui, je me souviens, m’avait paru un peu lent. Parlez-nous un peu de cette trilogie. La suite de cette saga est-elle aussi contemplative ? Est-ce genre de SF que vous appréciez ? Un peu lente, langoureuse presque, contemplative ?

Ephémères, il faut le voir comme un seul et même texte en réalité. Le tome 1 ne concerne que la mise en place de la situation, des lieux et des personnages. L’univers de Ephémères est très riche et profond, je pourrais écrire un énorme roman sur les origines de ce monde, de la civilisation perdue dont je parle dans la trilogie. J’ai pris des années à concevoir cet univers, cette culture et l’incorporer et le présenter pour le lecteur a demandé du coup pas mal de temps. Ensuite je voulais un texte doux, qui relaxe et qui ne soit pas brutal, dur ou trop classique. Bref. Le tome 2, et surtout le tome 3, brisent cet aspect contemplatif. On entre dans l’action, l’intrigue se développe et s’intensifie. Le tome 3 plonge vraiment plus dans le nœud du récit et les situations s’enchainent jusqu’à leur issue….

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Dans Another me, vous abordez la question de la ressemblance physique mais également de la dissemblance au niveau du caractère, pensez-vous vous dès lors que le physique soit très important en amour ? Peut-on tomber amoureux d’une personne qui ressemble à son ex par exemple, juste parce qu’il ressemble à son ex ? Est-ce ce questionnement que vous vouliez mettre en avant avec Another me ?

Le sujet est complexe, c’est certain. Me concernant, j’ai toujours essayé de voir au-delà de l’aspect purement physique des gens. Après de plus en plus, je constate autour de moi que le physique est la première chose qui attire et retient l’attention. Après, vient l’intérêt pour la personne en soi. Donc à mon sens (mais ça n’engage que moi), le physique joue le rôle d’une sorte d’amorce je pense, et la découverte de l’autre, de sa mentalité, de son soi intérieur, fait que la relation peut perdurer ou pas. Personnellement, j’ai rencontré des personnes au physique très beau selon les critères de notre société, mais dont l’âme on va dire n’était pas belle à voir. Et inversement aussi. Je pense que quelque part, dans ce roman, c’est plus l’idée de : ne pas se fier aux apparences, qui est développée. Car fort justement, on a beau avoir deux personnes identiques et donc d’apparence ressemblante à 100%, leur caractère, leurs réactions, leurs attitudes n’ont rien en commun. L’un est fidèle quand l’autre ne l’est pas, par exemple…

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Croyez-vous au mythe des doubles maléfiques ? Pensez-vous que votre jumelle vous guette quelque part ?

Mmmm…. Je n’en sais absolument rien en réalité. C’est possible, après tout, mais je demande à voir malgré tout 😉

Vous vous lancée dans l’auto-édition, après avoir enchaîné les publications en maison d’édition, appréhendiez-vous ce changement ? Qu’attendez-vous de ce nouveau mode de publication ?

J’ai pris le parti de placer certains titres en auto-édition car ce sont des titres qui sont déjà passé, pour un temps plus ou moins long et avec une implication plus ou moins réelle, en maison d’édition. Le principal point qui m’a fait me tourner vers l’AE est que la plupart des maisons d’édition ne veulent pas de texte en seconde édition. Ayant récupéré mes droits sur ces titres, j’ai eu envie de leur offrir la possibilité d’exister malgré tout. D’où l’auto-édition.
Je n’en attends rien de plus que de permettre à mon lectorat de découvrir ces titres s’ils ne les connaissent pas encore, ça me semble déjà pas mal comme exigence.

Pour terminer, parlez-nous un peu de vos futurs projets littéraires. Vos prochaines publications, et vos prochaines idées !

Mes projets… sont nombreux. Très nombreux. Je viens de finir une romance contemporaine que je vais placer très certainement en maison d’édition. J’ai un projet en co-écriture, une romance également, avec mon photographe, Philippe Dupont. Un quatre-mains avec Charlie Genet, une auteure géniale. Et pour ma part, deux ou trois romances, de la SF, des jeunesse… bref c’est le temps qui me manque, pas les idées 😉

Emilie Mathieu – PDG d’E-Dantès

En ces circonstances exceptionnelles, Emilie Mathieu, PDG d’E-Dantès (diffuseur numérique), en partenariat avec 14 maisons d’édition, lance son site internet de lecture gratuite, tout en proposant un panel de promotions littéraires. De quoi nous occuper pendant ce confinement !

Vous travaillez donc en étroite collaboration avec les maisons d’édition, comment ont-elles réagit face aux annonces du président Macron ? Et votre réaction à vous ?

Chacun de nos clients éditeurs a réagi à sa manière, en fonction de ses contraintes de production et de planning, de ses contraintes financières, de distribution etc.
Très vite, tous se sont mobilisés avec force pour maintenir un dialogue avec leurs communautés de lecteurs sur les réseaux sociaux afin de les maintenir informés et ont majoritairement décidé d’axer leur communication sur l’exploitation numérique durant cette période particulière. Les équipes se sont vite organisées pour faire un état de lieux et d’ores et déjà réfléchir à l’après confinement.
De notre côté, nous avons en urgence écouter les problématiques de chaque client et tenter de produire une réponse commune avec confinementlecture.com. L’importance, à date, est de continuer à diffuser des livres.

Avec le confinement, beaucoup continuent à travailler en télétravail, comment gérez-vous cela ? Cela impacte-t-il de façon significative votre activité ? Et celle de vos partenaires/clients ?

Chez e-Dantès, nous avons déjà la pratique régulière du télétravail, nous travaillons en cloud et tous nos outils de travail sont dématérialisés, c’est pourquoi nous avons pu être réactifs pour nos clients. L’activité numérique peut donc se maintenir voire s’intensifier selon les besoins.
Chez les éditeurs, le TAD est également de mise avec un ralentissement de la production difficile à quantifier à ce jour.

Comment vivez-vous le confinement, au niveau personnel et familial ?

Aussi sereinement que possible ! Je travaille régulièrement en TAD donc l’adaptation n’est pas complexe. J’arrive à maintenir un contact avec mes proches grâce à WhatsApp, Skype, Facebook ou SnapChat. Je ne suis pas à plaindre du tout, et il y a une grande solidarité dans l’immeuble dans lequel je vis, ce qui permet de garder le moral malgré la situation.

Parlons maintenant de Confinement Lecture, tout d’abord, d’où est née cette idée ?

Cette idée est née en concertation avec nos éditeurs qui souhaitaient dès le début de la semaine, se réunir et se coordonner pour proposer un lieu qui réunirait les offres numériques en cours tout en offrant des livres gratuits. L’objectif est très clair : diffuser la Lecture ! Il est nécessaire de proposer à tous, lors du confinement, une offre culturelle qui ne sera pas uniquement de la consommation TV ou jeux vidéo. Le livre doit apporter une réponse et c’est par le biais du numérique que nous l’apportons avec des ebooks et des audiobooks. Nous avons donc activé un site web qui nous avait servi en juillet 2019 pour notre grande opération numérique annuelle : #OPAllStars. L’architecture étant prête, nous avons pu réaménager le site et lui donner un nom.

Quel est donc le principe de ce site internet ?

Ce site internet est un lieu de vie des offres numériques promotionnelles accompagnée d’une offre de gratuité. Le lancement du site, ce vendredi 20/03, s’accompagnera d’un grand plan de communication sur les réseaux sociaux de nos éditeurs et de nous-même via le hashtag #ConfinementLecture. L’idée est de parler de livres, tous les jours, et de garder un contact avec les lecteurs. Les genres représentés vont permettre de s’évader avec de la fiction imaginaire, thriller ou romance ou de se détendre avec des ouvrages de développement personnel mais aussi de se poser des questions d’actualité avec des essais.

« La lecture amène une détente active, à ressentir des émotions qui laissent des traces dans le temps et à prendre le temps de les vivre. »

D’un point de vue économique, pourquoi avoir proposé la gratuité ? Qu’est-ce que cela vous apporte ? Votre but est de faire du profit, vous parlez d’ailleurs d’« Une initiative pour la survie économique des éditeurs affiliés à e-Dantès », expliquez-nous votre idée, derrière cette plate-forme inédite, pour pallier à la crise probable que va devoir affronter le monde du livre (et quasiment tous les secteurs d’activité, par ailleurs).

Notre plateforme propose à la fois du gratuit mais se fait aussi le relais d’opérations promotionnelles en cours chez nos partenaires e-libraires.
Le gratuit est un point d’entrée pour remercier les lecteurs qui continuent de lire en numérique ou d’écouter des livres audio numériques mais aussi pour faire découvrir le format aux non-initiés. Le tout gratuit n’a jamais été une voie que nous avons choisi chez e-Dantès. Nous tâchons d’engager le lectorat, de recruter un nouveau public, de qualifier les audiences en leur apportant des livres qu’ils pourraient aimer en suivant notre ligne de conduite depuis notre création « Le Bon livre pour le Bon lecteur via le Bon canal ».

Pouvez-vous nous dire en quoi la lecture est un élément majeur dans nos sociétés, et encore plus maintenant en ces temps difficiles ?

Je me suis récemment posée la question de pourquoi je faisais mon métier, diffuseur de livres numériques et je me suis rappelée l’émotion que j’avais ressenti lorsque ma mère m’avait donné à lire à 13 ans : La Nuit des temps de Barjavel et qui a ensuite développer mon goût de lecture. Il suffit d’une fois… pour aimer la lecture pour toujours ! Avec les hypothèses d’avenir qui se profilent, cela me semble rassurant que d’autres : des écrivains, des philosophes, illustrateurs, des essayistes, des poètes, aient déjà réfléchi à nos problématiques de société. La lecture amène une détente active, à ressentir des émotions qui laissent des traces dans le temps et à prendre le temps de les vivre. Le numérique va vite en tant que modèle économique mais la lecture reste la lecture au final et 1 lecteur converti est 1 lecteur qui ira potentiellement en librairie, peu importe si il vient de l’audio ou de l’ebook.

Avez-vous un message particulier à faire passer aux français ?

Prenez le temps de lire pendant ce confinement et partagez, échangez vos lectures avec vos proches, vos voisins !

Pour terminer cette interview, que lisez-vous en ce moment ?

J’ai acheté hier l’ebook de « Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens aux éditions du Seuil. Je regrette que l’offre d’ebooks soit encore si chère par rapport au papier pour certains éditeurs car l’offre est magnifique et pourrait s’adresser un lectorat qui n’irait pas en librairie physique.

Un seul rendez-vous ⇒⇒ https://covid19.confinementlecture.com/

Carine Foulon

Carine Foulon est l’autrice de plusieurs textes, entre nouvelles et roman. Son premier roman, Chicago Requiem, est une sorte d’ovni bien difficile à classer si ce n’est en tragi-comédie. À travers cette plume élégante au charme un peu vieillot, Carine Foulon nous transporte dans ces univers avec délice et finesse…

Écrivaine auto-éditée mais également en maison d’édition, dites-nous quelles sont les deux différences majeures entre ces deux modes d’édition.

Je suis assez pessimiste quant à l’avenir de la littérature. Mais j’ai bâti ma vie autour d’elle : je suis professeur de français parce que j’adorais lire, et c’est parce que j’adorais lire que j’ai fini par écrire.
De 2013 à 2016, j’ai signé une vingtaine de contrats d’édition, tous avec de petites maisons d’édition. J’ai fini par considérer que je porte la poisse, puisque la plupart de ces publications n’ont pas duré. Certaines se sont vendues, mais il y a pratiquement toujours eu un clap de fin. Les petites maisons d’édition ferment ou enlèvent de leur catalogue les textes qui ne se vendent plus.
Peut-être faudrait-il envoyer mes textes à de grandes maisons d’édition, mais je ne suis pas sûre non plus que ça durerait, à moins d’une réédition en poche.
En outre, une fois mon roman publié, on m’a souvent parlé de « travail éditorial ». Mais la plupart de mes textes édités n’ont pas été corrigés, le plus souvent parce qu’à part une coquille ou deux, il n’y a presque rien à corriger dans mes nouvelles ou mes textes jeunesse. J’avais lu une critique de Chicago Requiem qui proposait une liste de points qui n’auraient pas résisté, selon l’auteur de cette critique, à une bonne correction éditoriale. J’ai lu cette liste : William n’aurait pas dû s’écrier « Satanée Meredith ! » ou William aurait pu s’abstenir de toute la mise en scène autour de Rose. Mais si un éditeur m’avait demandé de corriger ces détails, j’aurais refusé net et j’aurais préféré ne pas être éditée.
À vrai dire, j’aime être seul maître à bord et tout gérer, que tout soit de moi, du premier au dernier mot. J’ai la chance d’avoir une bonne maîtrise de l’orthographe. Quand j’étais enfant, je ne supportais pas les textes adaptés : je vérifiais que la mention « texte intégral » se trouvait sur le livre. Je voulais lire le texte brut.
J’en suis arrivée à la conclusion que j’aimerais, comme le facteur Cheval : bâtir au fond de mon jardin mon œuvre marginale. Je suis auto-éditée parce qu’infréquentable, complètement à l’écart. Mais je tiens au charme de mon île déserte plus qu’au reste. Comme me l’avait écrit une lectrice, c’est dommage que j’écrive si bien avec un caractère de merde comme le mien. Eh bien soit. Je ne suis pas la première dans ce cas. Mon mémoire de maîtrise portait sur Jean-Jacques Rousseau.

Vous êtes auteur, entre autres, de livres destinés à la jeunesse, pourquoi ce choix de public ? Qu’est-ce que ça vous a apporté ?

Ma fille aînée avait trois ans en 2013. Je lui lisais beaucoup d’albums jeunesse puis je lui ai inventé des histoires. J’en ai envoyé à des maisons d’édition. J’ai ensuite rencontré via Internet des illustrateurs jeunesse et ça m’a beaucoup intéressée et occupée en 2013/2014. J’aimais découvrir leurs illustrations sur leurs sites, travailler avec eux. Ça a pris fin à la naissance de ma seconde fille, en 2015 : à cause d’une maladie orpheline, elle ne peut pas comprendre les histoires qu’on lui lit, et ma fille aînée ayant grandi, j’ai attendu que la passion me revienne, mais tous les textes que j’ai écrits, je les leur ai dédiés.
Mais j’aimais beaucoup les salons du livre jeunesse, plus que les salons du livre pour adultes. Je suis plus à l’aise avec les enfants.

Vous avez écrit des nouvelles, des textes destinés aux enfants, mais également un roman bien plus adulte Chicago Requiem, pourquoi ces divergences dans les genres ? Est-ce difficile de passer d’un genre à l’autre ?

Chicago Requiem est un peu particulier. Je me lasse généralement rapidement au niveau de mes centres d’intérêt. Mais je me suis beaucoup plus attachée à ce roman qu’à mes autres textes. Ça a été une véritable plongée dans mon imaginaire. Depuis que je l’ai écrit, je pense encore chaque jour aux personnages, surtout à William et Susan. Au-delà du texte tel qu’il est paru, mon imagination a toujours brodé, inventé, continué en se posant plein de questions.
J’avais beaucoup plus la main sur mes textes antérieurs. Pour mes Henderson, c’est mon imagination, cette « folle du logis », qui mène la danse, et j’ai souvent l’impression de ne pas parvenir à transcrire ce qu’elle me dicte. Des pans entiers tombent dans l’oubli et je n’écris pas toujours assez bien pour la suivre.

Parlons un peu de Chicago Requiem, une tragédie campée dans les années 20, pourquoi ce choix d’époque ? Est-ce une période qui vous intéresse particulièrement ?

De fait, non. J’aurais pour l’instant du mal à écrire un roman contemporain. J’avais essayé, mais les personnages paraissent exilés à notre époque, un peu comme dans l’Observatoire d’Edward Carey. Ça me viendra peut-être un jour, mais pour l’instant, j’ai une écriture vaguement dix-neuvièmiste et surtout un imaginaire dix-neuvièmiste.
La Première Guerre a marqué un tournant. Le vingtième siècle commence en quelque sorte avec les années folles, cette envie de modernité et ce besoin de renouveau. Mais ce qui m’intéresse dans les années 20, c’est plus le rideau qui tombe que celui qui se lève.
Deux de mes autres romans en cours d’écriture, si je les termine, se déroulent dans le Londres victorien.
Dans Chicago Requiem, William et sa sœur, Meredith, ont passé leur enfance seuls, dans un manoir. Le début du roman la montre en corset et il est écrit dans un chapitre que la journaliste a l’impression que William n’est pas un homme de son temps.
Je viens de relire : « Il avait l’air d’un homme du début du siècle exilé dans les années folles. » C’est vraiment ce que j’ai voulu retranscrire : ils essaient de s’adapter, et Meredith y parvient rapidement à sa sortie de prison, notamment à travers ses tenues, mais tous deux sont des exilés.
Pour Susan, c’est un peu différent : elle n’est d’aucun temps, shakespearienne et fantomatique. Mais les années folles sont justement synonymes d’une recherche de modernité, d’une volonté de rebondir après le traumatisme de la Première Guerre mondiale. J’ai toutefois choisi la période 1921-1923, le tout début des années folles. Je me suis délibérément placée à la fin d’un monde et non au début d’une nouvelle ère, encore que Meredith parle de la modernité incarnée par son milieu, donc par la pègre et la mafia. Mais ça reste à l’horizon : on n’est pas encore dans la période où Al Capone affronte Eliot Ness. Ça a déçu certains lecteurs, mais les Incorruptibles, ce n’est pas avant 1925. Ce sujet ne m’intéressait pas et il a déjà été traité. Ce que je voulais, c’était montrer la fin d’un monde, d’où le « Requiem » du titre.

D’où vous est venue l’idée de cette histoire ? Racontez-nous un peu le processus d’écriture de ce roman.

Je regrette souvent l’effervescence où j’étais au moment de l’écriture de Chicago Requiem. Quand j’ai eu l’agrégation en avril 2015, j’étais enceinte de sept mois, et les deux derniers mois de ma grossesse, j’ai énormément écrit : des poèmes, des fanfictions, des nouvelles, des textes pour enfants. Ensuite, ça n’a pas vraiment cessé. Il me semble avoir commencé l’écriture de Chicago Requiem en octobre 2015, peut-être en novembre, sans savoir où j’allais. De mémoire, il a été relu et corrigé de janvier à avril 2016, avant l’envoi aux maisons d’édition, avec une seule bêta-lectrice. En septembre 2016, j’avais déjà eu quelques « oui » et quelques « peut-être » (le roman avait passé le cap du comité de lecture, mais l’éditeur devait le lire avant de rendre son verdict). La plupart des maisons d’édition qui l’avaient accepté n’existent plus, sauf une.
Je n’avais aucune documentation. J’ai parfois vérifié sur mon téléphone portable telle ou telle date, notamment quant à la vie de Johnny Torrio. Mais globalement, c’est un roman écrit au fil de ma plume, un chapitre par jour. Une partie de moi vivait dans les années 20. Après la publication, je suis sortie de ma grotte pour découvrir le monde de 2016. Depuis 2016, je ne parviens plus à la même immersion. Quand j’écris, je pense aux futurs lecteurs, à la réception, et ça me décourage d’écrire. Au moment où j’écrivais Chicago Requiem, je ne pensais qu’à William, Susan, Meredith et les autres.

Vos personnages sont poussés, complexes, comment travaillez-vous sur le caractère, la personnalité d’un personnage ? Vous inspirez-vous de votre entourage ? Ou d’autres choses ?

Je ne m’inspire pas du tout de mon entourage. Je pense que tout ce que j’ai pu lire ou voir depuis mon enfance nourrit mon imaginaire. Je visualise les scènes. Il m’est même arrivé d’entendre William et Nelly discuter en anglais.
Par ailleurs, même quand je lis un roman, j’aime m’interroger sur ce que les personnages ont pu faire avant ou après les scènes que je lis, de me demander ce qu’ils peuvent penser.

Pour rebondir sur la question précédente, quelles sont vos inspirations pour vos écrits en général ?

Je ne saurais le dire. On retrouve toutefois souvent un schéma récurrent : le personnage masculin à la frontière entre le bien et le mal, romantique, qui cherche à prendre ses distances par rapport à sa famille. Mais enfant, j’aimais déjà imaginer la rédemption des méchants de dessins animés. Dans les romans de la comtesse de Ségur que j’ai lus ensuite, on retrouvait ce thème que j’aimais beaucoup. Je pense vraiment que je suis inspirée par l’ensemble de mes lectures, mais aussi les dessins animés, mangas, films que j’ai pu voir. Je n’ai jamais été fascinée par les héros. Dans un univers de fantasy, mon personnage type serait plutôt le sorcier solitaire qui soudain mettrait tout son art à la sauvegarde du royaume, sans doute une fois tous les héros morts…

Chicago Requiem est un premier tome, pouvez-vous nous dire quand sortira la suite ? Et ce qui se trouvera dedans ?

Ce n’est pas un premier tome. Ça aurait pu. La fin du roman rend possible une suite. Mais le roman que je suis en train d’écrire se passe en même temps que Chicago Requiem en se fondant sur les ellipses : on y retrouve les mêmes personnages, mais il raconte une autre histoire. Les lecteurs qui n’auront pas lu Chicago Requiem ne sauront pas qu’un narrateur a pu écrire de Meredith qu’elle est méchante, parce que dans ce roman en cours d’écriture, elle n’est qu’humaine. J’y emploie le monologue intérieur, en vogue dans les années 20, au lieu du dialogue. Mais ce n’est pas la suite de Chicago Requiem. Il pourra être lu et compris sans l’avoir lu, et si un jour j’écris ce qui se passe ensuite, ça sera la suite de ces deux romanset pas seulement celle de Chicago Requiem.
Il ne s’agit en aucun cas d’une saga avec tome 1, tome 2…
Je veux qu’ils puissent tous être lus et compris indépendamment les uns les autres, comme les volumes de la Comédie humaine et des Rougon-Macquart. J’aimerais parvenir à changer de style et à me renouveler sans cesse d’un roman à l’autre.

Avez-vous des petites manies, techniques quand vous écrivez ? Plutôt dans le jardin, au petit matin ? Ou le soir, à la lueur de votre lampe de bureau ?

Aucune. Le plus souvent, j’écris quand je le peux, quand mes filles sont couchées. Mais une fois plongée dans l’écriture, je peux écrire n’importe où.
Ma seule manie, c’est que j’aime bien griffonner, raturer, me relire dans des cahiers ou sur des feuilles avant de recopier au propre sur l’ordinateur. Mais ce n’est pas systématique. La semaine dernière, j’ai retrouvé sur deux feuilles de classeur le second chapitre d’un de mes romans en cours… que je n’avais jamais recopié au propre depuis 2017…

Pour terminer, je vous laisse décrire Chicago Requiem avec une seule phrase.

Quand je serai bien vieille, le soir, à la chandelle, j’aimerais que cette œuvre de jeunesse me fasse honte par rapport aux romans que j’aurais écrits ensuite.

Azaël Jhelil

Azaël Jhelil est l’auteur d’un univers incroyable foisonnant d’originalité et de richesses. Les chroniques des secondes heures de Tanglmehor redonne un second souffle à la littérature fantasy française. De quoi prouver que les frenchies aussi sont capables d’écrire des choses grandioses !

Tout d’abord, une mention pour votre incroyable imagination, ceci étant dit, dites-nous tout : d’où vous est venue votre inspiration ?

Merci, Amélia !
En réalité, je n’ai pas inventé grand-chose : j’ai beaucoup lu, un peu voyagé, appris plusieurs langues, ai côtoyé des gens de plusieurs cultures… Tout cela m’a nourri, a grandi et s’est exprimé dans les « Chroniques des secondes heures de Tanglemhor ». Je ne sais pas si on invente réellement de nos jours ?
Ma principale source d’inspiration est très classique : la mythologie gréco-romaine, les croyances égyptiennes, les légendes scandinaves, « Les Mille et une nuits », « Le Seigneur des anneaux », les aventures de « Conan »… et des heures de jeux de rôles avec les copains.
Pour la trame générale, rien de bien original non plus : Robespierre, Staline, Mao, Pol Pot, Bokassa… Notre monde regorge de dictateurs qui ont marqué l’histoire.
Même mes tortures ne sont pas originales : le supplice de la Fleur de Sang n’est qu’une version poétique du lingchi, une pratique chinoise en vigueur jusqu’au XXe siècle.

Inspiration, certes, et le temps ? Combien de temps avez-vous mis pour venir à bout de cet univers si riche ? Comment avez-vous mené votre travail ? Comment avez-vous fait pour ne pas vous perdre ?

« Le temps ! Le temps ! » s’écrie Bilbo devant l’air avide de Gollum, dans « Le Hobbit ». Excellente question, car c’est tout le problème !
La première version de « L’Œuf de Tanglemhor » date de… 1989, pendant ma terminale. La première édition date de 2018. Cela fait donc : 2018-1989… Je pose mon 9 et je retiens 1… 29 ans. Il ne faut pas croire que cela fait 29 années non stop. C’est plutôt quelques mois par-ci, quelques jours par-là. La vie est chronophage : on court toujours après le temps. Mais, dans l’intervalle, les choses mûrissent, se posent, se corrigent… Ma manière d’écrire s’est améliorée peu à peu, au point qu’en 2016 j’ai recommencé tout le 1er tome qui ne me satisfaisait plus.
Au début, j’écrivais d’une traite. Puis, devant la multiplication des trames, j’ai eu besoin de créer un fichier qui répertorie toutes les actions des uns et des autres, afin de disposer d’une timeline à jour et ne pas me perdre dans la cohérence temporelle. Il faut compter les temps de déplacement, notamment, à mes yeux très importants. Pendant que les conjurés voyagent, Krûl ou la Résistance ne restent pas à se tourner les pouces. Je me mets à la place des uns et des autres et je me demande comment ils vont réagir aux divers événements.
À partir de là, j’ai bâti un plan de toute l’histoire, du début à la fin, si bien que je sais exactement où je vais et comment j’y vais.
Entre le plan et la timeline, cela me permet de proposer un travail cohérent jusqu’à sa conclusion.
Il faut être attentif, certaines pistes dans un tome trouvent leur conclusion dans un autre. Par exemple, le chapitre XV du livre III (« Problèmes de dettes ») répond au chapitre VI du livre I (« Toujours là »). Et il faut attendre le livre V pour retrouver le personnage central du chapitre XXI du livre I (« Dans les mines barbares »). Je n’écris rien au hasard !

Mythologie, cartographie, ne vous êtes-vous pas perdu entre la réalité et la fiction ? Comment se passait le retour à la vie ‘réelle’ ?

Avec les yeux qui piquent. 😉
Lorsque je m’immerge dans mon monde, c’est généralement le soir, entre 21h00 et 02h00, ou le week-end. Parfois j’écris toute la journée, ou toute la nuit, avec le casque sur les oreilles (je choisis ma musique en fonction des passages) et une bouteille d’eau à portée de main. Si je suis seul à la maison, je peux perdre conscience du temps qui passe. Cela signifie que je m’amuse bien ! J’oublie même de manger…

En parlant de cartographie, comment avez-vous créé la carte de votre monde ? Est-ce un processus compliqué ?

C’est tout simple.
Un premier jet au brouillon pour situer les régions, les grands mouvements géologiques etc. Les montagnes et les cours d’eau déterminent des frontières naturelles. Une grande ville a obligatoirement besoin d’une rivière à proximité. Un pays a besoin d’accès à la mer pour son commerce, de grandes voies de transport… Je fais coïncider ces éléments avec ce que j’imagine de mon monde pour faire une carte crédible. Puis je passe la main à mon fils Wotan, pour l’aspect plus artistique et la maîtrise du logiciel de dessin.

‘Vit ma hal’ vous avez commencé les prémices d’une nouvelle langue, vous avez réfléchi à une vraie structure, ou c’est juste quelques mots pour les besoins de l’histoire ?

Au début, c’était juste quelques mots. Et puis, il en a fallu d’autres et d’autres encore. J’emploie la méthode qui a servi à créer l’espéranto, très intéressant projet de langue syncrétique. Par exemple, le ctasharre est un mélange de latin, de breton, d’arabe et de mots totalement inventés. Quelques bases grammaticales simples pour ne pas m’emmêler dans le fonctionnement de la langue et le tour est joué !
Par exemple, « vit » vient du breton « evit », signifiant « pour », tandis que « ma » vient de l’arabe « que ». Quant au mot « hal », il vient du nom de la déesse du Foyer « Hal » (inventée à partir de la déesse Hestia) et désigne par extension tous les mots autour de la notion de « vie ». Donc : « Pour que vive ».

Pour ce qui est de tous les noms, que ce soit ceux des divinités, ceux des peuples, ou encore les lieux, comment avez-vous mené la réflexion ?

Cette interview est drôlement pointue !
La plupart des noms ne sont pas inventés et viennent de la mythologie grecque ou germanique. « Orc » vient du latin « orcus », une divinité infernale romaine reprise par JRR Tolkien et de nombreux ouvrages de fantasy. « Lacertys vient du latin « lacertus », le lézard : j’ai simplement hellénisé le mot. Les trolls et les gnomes viennent du folklore scandinave et les fées des légendes du Moyen-Âge occidental. « Migou » est le mot employé au Tibet pour parler du yéti…
Quant aux noms des personnages ou des lieux, ils me sont venus tout seuls, comme si toutes mes influences s’étaient mélangées pour renaître spontanément. Il paraît qu’ils sont compliqués ? Moi, je ne trouve pas…

Après cette grosse trilogie avez-vous prévue un autre univers ? Vous lancez dans un autre genre ? Ou peut-être une suite ? Un spin off ?

Désolé, ce ne sera pas une trilogie. À l’origine, j’avais prévu une tétralogie, avec des volumes de 800 pages chacun. Devant les nombreux retours que j’ai eu l’année dernière – certains soutenant que le livre était assez lourd pour profiter aux blessés en rééducation physique –, je me suis résolu à le couper en deux, ce qui m’a permis d’ajouter des annexes. Ce sera donc 7 ou 8 livres.
Pas plus. Pas de suite. C’est fini, fini. Pas de spin-off – en tout cas, je n’en ai pas envie pour l’instant.
J’ai d’autres projets, effectivement. D’autres personnages de fantasy me demandent à naître, dans du post-apocalyptique, entre autres.

Votre saga se scinde en deux, entre High Fantasy et Dark Fantasy. Pourquoi ne pas avoir planché plus pour l’un que l’autre ? Pourquoi pas l’ancrer simplement dans de la dark fantasy ? *fan de dark fantasy*

J’adore les deux genres.
J’aime l’optimisme, le courage et le côté épique de la high fantasy. J’aime autant le pessimisme, la rage et la fatalité qui plombent la dark fantasy. D’un autre côté, je trouve que la high fantasy est trop simpliste : le Bien contre le Mal, sans se pencher sur les racines de ce Mal, les peuples « gentils » contre les peuples « méchants », sans voir qu’ils sont très semblables… De l’autre côté, je trouve que la dark fantasy manque souvent de panache , de grandeur… de power metal !
Mes personnages sont soit l’un (comme Serpent de Lune ou Oriana), soit l’autre (comme le Fléau de Feen ou l’empereur du Levant), soit ambivalents (comme l’Ombre ou Geinkys).
Du coup, je n’ai pas voulu trancher. Et je m’amuse beaucoup à voir évoluer les uns ou les autres au fur et à mesure de l’histoire. Je n’en dis pas plus !

Le duo Oriana/L’ombre a-t-il une signification particulière pour vous ? Après avoir enchaîné les biopic sur les grands écrivains, j’ai appris que souvent certains personnages avaient une signification particulière pour les auteurs (je pense notamment à Tolkien, ou Mary Shelley).

Mary Shelley se voyait dans le monstre de Frankenstein ou dans son créateur ? Pour ma part, je suis dans tous mes personnages, du plus lumineux au plus sombre. Je me suis sondé mais j’y ai également mis nombre de mes proches, qui peuvent se retrouver dans l’un ou l’autre. Mais ils n’ont pas de signification particulière. Ils sont tous une possibilité.

D’ailleurs, Oriana est un personnage au caractère fort qui n’a pas peur de se salir les mains alors qu’elle est issue de la noblesse, était-ce ainsi que vous la voyez depuis le début ? Ou a-t-elle évolué ainsi naturellement ?

À l’origine, c’était Serpent de Lune qui ouvrait le premier chapitre. Les personnages arrivaient les uns après les autres et il fallait attendre la moitié du livre pour voir où je voulais en venir. Je n’étais pas satisfait mais je ne voyais pas où cela clochait. Et puis je me suis interrogé pour savoir qui était véritablement le personnage central. J’ai été étonné de constater que c’était Oriana. J’ai donc repris tout le livre en la mettant à la place qui est la sienne. C’est pourquoi elle apparaît désormais dès le premier chapitre.
Elle a toujours été comme ça. Courageuse, décidée, intrépide, fière, hautaine parfois… tout en ayant le cœur sur la main. Une femme épatante.

Petite aparté pour mon âme de romantique, Oriana et L’Ombre vont-ils vivre une romance à la Roméo et Juliette ?

Roméo et Juliette ?! Ce serait terrible ! Les deux meurent à la fin ! On n’est pas obligé de tuer les deux… si ?

Pour terminer, vous verriez-vous écrire dans un autre genre littéraire ?

J’ai écrit un petit roman d’anticipation, terminé mais que je dois reprendre. Il est très actuel, et de plus en plus chaque jour 😦
D’autres genres pourraient m’intéresser aussi.
Mais il me faut du temps !
Ma priorité reste cependant les « Chroniques des secondes heures de Tanglemhor », pour ne pas trop faire attendre mes lecteurs. Pour Noël, j’espère paraître le 4e tome.
Ensuite, il va me falloir un peu de temps pour terminer le 5e. J’en suis à la moitié. Le 6e et le 7e sont chapitrés, avec des scènes que j’ai hâte d’écrire tellement elles sont intenses ! Je promets un dernier tome totalement « hark » fantasy… et un dénouement à l’avenant !

Jennifer Pourrat

Une femme et un homme. Une chargée de communication et un professeur d’art plastique. Une jeune femme qui élève seule sa sœur et un homme richissime. C’est dans cette histoire que s’est lancée Jennifer Pourrat, avec sa plume délicate, et son penchant pour l’immersion dans la vie de ses personnages. L’Ombre sur mon cœur est sa première trilogie, et elle fait déjà des étincelles.

Nouvelle auteur, parlez-nous un peu de vous, de votre parcours et ce qui vous a amené là où vous êtes aujourd’hui.

J’ai été assistante juridique à Paris pendant plus de dix ans et puis j’ai tout plaqué avec ma tribu pour nous installer dans mon Sud natal. J’ai pris le temps de me poser et de faire le point. Cela faisait déjà plusieurs années que je souhaitais écrire mais je ne prenais pas le temps de m’y consacrer. L’histoire de Matt et Jess me trottait de plus en plus dans la tête alors je me suis lancée.

Vous écrivez, mais nul doute que vous lisez également, y a-t-il un auteur qui vous ai particulièrement inspiré ? Un modèle ?

Je n’ai pas d’auteur fétiche, mais plusieurs écrivains classiques ont bercé mon adolescence. Depuis quelques années j’ai fait la découverte d’auteurs comme Jennifer L. Armentrout, Stephen King, beaucoup de plumes d’auteures de romance également comme Angel Arekin, Mahira Delanney, Celine Jeanne, Emma Landas etc… La romance est un genre que l’on a tendance à dénigrer et je trouve ça dommage car même les plus grands écrivains avaient, en leur temps, écrit des romances parfois même plus sulfureuses que les nôtres. J’ai eu la chance d’avoir deux professeurs de littérature qui, chacun dans des styles différents, m’ont transmis le goût pour les mots et je garderai toujours dans mon cœur ces deux instits.

Si vous étiez un roman, qui seriez-vous ?

Je pense que tu veux parler d’un personnage ? Je choisirais sans doute une aventurière ou une femme qui a marqué l’histoire. Quitte à choisir autant être quelqu’un d’exceptionnel et à l’opposé de celle que je suis.

Votre premier roman est une romance torturée, sous fond de BDSM, et on peut lire dans vos remerciements que vous vous êtes inspirés de certains de vos proches pour créer vos personnages, pourquoi ce choix ? Comme un hommage ?

Ce n’était pas volontaire. Quelques traits de la personnalité de mes amies ou des prénoms aux consonances proches se retrouvent effectivement dans mes personnages, mais en terminant le tome deux, ce qui m’a frappée c’est qu’au fond j’y ai mis beaucoup de moi. L’inconscient nous joue souvent quelques tours.

En insérant du BDSM dans votre romance, n’avez-vous pas eu peur de rebuter des lecteurs potentiels alors même que finalement, ce sous-genre n’est pas au centre de l’intrigue ?

Au départ, j’ai juste écrit l’histoire qui s’imposait à moi, sans vraiment me poser de question. Bien entendu, je savais que reprendre le stéréotype du mâle dominant et fortuné risquait de classer « l’Ombre sur mon cœur » dans la lignée de Fifty Shades. Toute la difficulté était de conserver les codes de base et de créer totalement autre chose L’Ombre sur mon cœur n’est pas une série sur le BDSM, c’est plus une romance psychologique. Les scènes érotiques que j’ai écrites sont là uniquement dans le but de servir l’histoire, d’étoffer les personnages, d’aider le lecteur à comprendre leurs modes de fonctionnement. D’ailleurs, j’ai tendance à lancer l’action et quand j’estime que les éléments que j’avais à donner sont suffisamment clairs, je la laisse en suspens afin que le lecteur puisse se faire sa propre idée de la suite.

Pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas encore, comment définiriez-vous le BDSM ?

Tu veux la définition académique ? lol. Sérieusement, je pense que c’est un ensemble de pratiques sexuelles qu’il faut maîtriser et avec lesquelles il faut absolument être en accord avant de se lancer car, dans le cas contraire, vous pourriez en sortir abîmée à bien des niveaux. Cela doit être une démarche personnelle et pas un moyen de faire plaisir à l’autre. Mais à partir du moment où c’est le désir de personnes consentantes, alors je n’ai aucun problème avec ça.

Et votre opinion sur le controversé Cinquante nuances de Grey ? Une véritable plongée dans le BDSM ou une simple romance un peu trop cravachée ?

Au vu des recherches que j’ai effectuées pour écrire l’Ombre sur mon cœur, je dirais que 50 nuances est assez soft. Je le suis restée également car je ne souhaitais pas que le BDSM finisse par devenir le sujet central. Dans l’OMC, il n’est qu’un prétexte. Mais attention les scènes que je décris dans le livre ne sont pas à laisser dans toutes les mains.

La question que beaucoup doivent se poser, pourquoi ce choix de pratiques sexuelles ? Ces pratiques ont-elles une signification particulière pour vous ?

Je ne peux pas vraiment l’expliquer. C’était une évidence pour Matt et cela devait être ainsi. Maintenant, si la question sous-entend « est-ce que j’ai déjà pratiqué ? » ; la réponse est Non. Je trouve toujours amusant que cela soit la première pensée des gens ? Si tu écris sur du BDSM c’est que forcément tu as déjà essayé ! Je n’ai jamais mis un pied à New York et là cela ne choque personne que j’en parle. C’est la même chose, comme tous les auteurs, j’ai fait des recherches. D’ailleurs évitez de demander à Google les dix postures de soumission les plus répandues, sinon vous allez voir apparaître de gentils petits chiens soumis lol.

Le couple Matthew/Jessica, que représente-t-il pour vous ? A-t-il une résonance particulière ?

Le couple Matthew/Jessica symbolise la résilience. Se pardonner soi-même pour pouvoir être pleinement épanoui, mais pas en trouvant les réponses à travers l’autre. En acceptant d’aller les chercher au fond de vous-même quitte à remuer de vieilles blessures. La différence c’est que vous serez accompagné cette fois et que cela sera plus facile de ne pas sombrer.

Souvent, dans le cadre de grosse saga, les personnages initiaux sont très différents des finaux. Est-ce votre cas ? Comment était Jessica au tout début ? Et Matthew ?

Effectivement ils vont évoluer, se remettre en question. Fondamentalement ils resteront les mêmes, mais ils auront réussi à faire table rase du passé en déposant leurs fardeaux et en acceptant de commencer un nouveau chapitre. Jessica est, dès le départ une jeune femme forte et indépendante, au fur et à mesure elle gagnera en assurance tout en acceptant de dévoiler ses faiblesses. Quant à Matthew, sa plus grande transformation interviendra quand il arrivera à faire entrer des personnes dans sa vie et à identifier la nature des sentiments qui le lie à son entourage.

L’art, et notamment la peinture mais aussi l’architecture et la musique, est très présent dans ce roman, pouvant même en faire un personnage en lui-même. Cette personnification était-elle intentionnelle ? Quel était votre objectif ?

Je te remercie de l’avoir noté. En effet, je tenais à enrichir la personnalité de Matt. Il était hors de question qu’il soit uniquement un beau milliardaire, une coquille vide. Etant moi-même passionnée d’art et de musique, je lui ai naturellement donné ces caractéristiques. De plus, l’art est à la fois une échappatoire pour lui, mais aussi un fil conducteur qui relie les personnages tout au long de l’histoire et parfois même, de manière insoupçonnée.

Corrélé à la peinture, on a le personnage de Sam, la sœur de Jessica. Que représente ce personnage pour vous ? Pourriez-vous la voir comme la personnification de la souffrance si présente entre les deux personnages principaux, ou c’est même bien au-delà de ça ?

Sam est l’un des personnages les plus touchant. Elle a affronté beaucoup d’épreuves pour son jeune âge ce qui l’a fait mûrir plus vite. La relation entre elle et sa sœur est fusionnelle. Jessica dit à un moment qu’elle a un lien spécial avec Sam : « plus qu’une sœur mais pas tout à fait une mère ». Sam ce n’est pas la personnification de la souffrance mais plutôt de la volonté. Elle a cette capacité à se relever d’un choc et à faire jaillir du malheur une nouvelle étincelle. Elle trace sa route même si on lui bloque le passage.

Pour revenir à un peu plus de légèreté, pourquoi ne pas avoir ancré votre histoire en France ? Et surtout, après l’avoir ancré aux Etats-Unis, pourquoi ne pas avoir donné un titre anglais à votre roman ?

La question s’est posée avec mon éditrice, mais pour plusieurs raisons, j’ai préféré rester sur ma ligne de départ. Premièrement, Jess et Matt vont beaucoup voyager notamment à Paris donc j’avais déjà ma trame. Deuxièmement, vu l’importance de la fortune et l’étendue des « pouvoirs » de Matt, les Etats-Unis me semblaient être un choix judicieux. Pour finir, en tant qu’auteure j’avais également envie de sortir de ma zone de confort et de voyager avec eux. Concernant le choix de « l’ombre sur mon cœur », j’ai dû le changer mais je suis restée sur un titre en français, peut-être parce que je suis française et que j’écris pour un lectorat francophone ? Franchement, je n’y ai pas réfléchi plus que ça.

Ce premier tome est très bien accueilli par le public, vous y attendiez-vous ? Quel est l’avis le plus négatif que vous ayez reçu ?

J’ai eu effectivement quelques retours positifs et de grandes discussions avec des lectrices enthousiastes, ce qui me comble de joie. Pour être honnête, je ne m’attendais à rien de particulier, je ne pensais même pas être publiée donc je prends les choses comme elles viennent et en apprécie chaque instant. Je touche du bois, mais pour le moment, je n’ai pas eu d’avis vraiment négatif, mais je ne me fais pas d’illusions, cela arrivera forcément…

À partir de la couverture, que diriez-vous de donner envie aux lecteurs de découvrir votre histoire ?

La couverture reflète bien le côté artistique et cache quelques indices.

Le tome 2 est sorti le 3 mai, que pouvez-vous nous dire sur le couple Matthew/Jessica ?

Ils vont encore vous réserver des surprises. Avec eux on ne s’ennuie jamais. Je suis certaine que vous allez me maudire par moment.

L’ombre sur mon cœur est une saga inscrit dans le genre de la romance, pensez-vous que vous pourriez écrire dans un autre genre littéraire ? Si oui, lequel ? Si non, pourquoi ?

J’adore la romance. Je suis plus aune auteure de romance psychologique que de romance érotique au fond. D’ailleurs, j’attache une grande importance à la construction de mes personnages et aux intrigues. J’essaye de faire en sorte qu’elles ne soient pas trop flagrantes. On verra si le pari est gagné. Du coup, je pense essayer d’autres genres comme les thrillers, ou la romance fantastique mais ce n’est pas pour tout de suite.

Finalement, pour terminer l’interview, que diriez-vous de laisser la parole à Jessica et Matthew ?

Si vous me demander de les rappeler, ils vont s’en donner à cœur joie.
— Jess ! Matt ! on vous demande, hurlai-je mentalement afin de les sortir des tréfonds de ma mémoire.
Il se matérialisa sous mes yeux, posa ses jolies petites fesses musclées sur mon bureau, manquant au passage de renverser mon café. Son magnifique regard azur n’avait rien perdu de sa détermination et de cette capacité à vous déstabiliser.
— Je pensais que tu en avais fini avec nous ? demanda-t-il.
— Crois-tu sérieusement qu’on peut t’oublier aussi facilement ? lui déclarai-je.
Un sourire carnassier dessina ses jolies lèvres ourlées, puis il approcha dangereusement son visage du mien.
— En effet, je suis le genre d’homme qui laisse des…traces, me chuchota-t-il.
— Ah, Matt, tu es incorrigible.
La belle Jessica fit son apparition. La main posée sur son épaule, elle l’éloigna de mes lèvres doucement mais fermement.
— Je vois qu’il était temps que j’arrive, dit-elle agacée.
Il lui lança le plus beau regard énamouré qu’il m’ait été donné de voir et je sus que rien ni personne ne pourrait jamais se mettre en travers de ces deux là.
Ma mission avait été accomplie.

Aurore Chatras

Aurore Chatras fait son entrée dans le milieu littéraire en tant que novelliste. Publiée aux éditions Nutty Sheep, elle révèle une plume douce et addictive dont l’objectif principal est de faire passer un bon moment, sans prise de tête aux lecteurs. Ses textes s’inscrivent alors dans la littérature de l’imaginaire avec cette légèreté bienvenue qui caractérise si bien l’auteur. C’est le 6 avril 2018 qu’elle publie son premier roman, une chick-lit passionnante où se mêlent romance, burlesque et fantastique : Un portable, un chat roux et un inconnu.

Ecrivaine davantage spécialisée dans la littérature de l’imaginaire, expliquez-nous ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’écriture, et surtout, dans cette littérature en particulier.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie d’écrire. Mon activité favorite au primaire était les rédactions (surtout celles avec des thèmes libres). En grandissant, j’ai continué à poser des idées sur des feuilles volantes ou de vieux agendas. Vers l’adolescence, j’étais fan d’heroic fantasy et j’ai commencé un roman qui devait faire au moins six tomes. Je n’ai dû écrire que 10 pages :). Pendant plusieurs années, j’ai arrêté d’écrire. J’ai retrouvé la motivation quand mes enfants sont nés, en écrivant des petites histoires avec eux. Motivée par la lecture du livre Miracle Morning, j’ai commencé l’écriture de mon roman un portable, un chat roux et un inconnu, tous les matins 30 minutes d’écriture. Pour le style, je pars souvent d’une idée et je me laisse emporter par l’inspiration. Si je me force dans un sens ou dans un autre, je bloque vite. En tout cas, je préfère écrire sur des sujets légers et plus imaginaire qui demandant tout de même moins de travail de recherche :).

Novelliste, que pensez-vous de ce format qu’est la nouvelle, aussi bien en tant que lectrice qu’écrivaine ?

Comme je le disais précédemment, j’ai lu énormément de pavé et de sagas pendant mon adolescence. Depuis que j’écris, je n’ai plus le temps ni vraiment l’envie de me plonger dans des livres de plus de 500 pages. Je mets tellement de temps à les finir que cela me démotive. La nouvelle est un bon moyen de lire des histoires de qualité avec le peu de temps que je peux consacrer à la lecture au quotidien.Concernant l’écriture de nouvelle, ce genre me convient assez car j’ai des problèmes pour faire des descriptions détaillées des personnages et des lieux. J’aime assez aller droit au but. La nouvelle est un bon moyen de raconter des histoires avec un grand impact mais un minimum de mots :).

Vos écrits ont ça en commun qu’ils sont légers et sans prise de tête, est-ce un choix ? Pourquoi ? Ne pensez-vous pas que la littérature est un bon moyen pour passer des messages ?

Question difficile :D. Comme j’en parlais plus haut, si un sujet m’inspire j’écris dans le cas contraire, j’ai plus de mal. Écrire est pour moi un moyen de chasser le quotidien, les soucis… Dans la vie, je suis quelqu’un de réfléchie, peut-être un peu trop…alors mettre ce grain de folie dans mes écrits me fait du bien.Si j’ai un souhait quand j’écris, c’est qu’un lecteur me dise qu’il a sourit ou que mon roman lui a fait oublié ses problèmes un instant. Ca m’est arrivé à 2-3 reprises pour le chat roux et i c’est déjà une superbe récompense 🙂

Un portable, un chat roux et un inconnu est une chick-lit plutôt originale, mêlant les codes du genre et la modernité du monde contemporain, d’où vous est venu l’idée d’un tel scénario ?

Alors si l’on reprend à la genèse de l’histoire, je me demandais quel sujet pourrait être assez universel pour intéresser tout le monde. Qu’est-ce que les gens adorent ? Leur portable évidemment. Après l’histoire s’est construite petit à petit : Maddie était d’abord une ado qui enfermait les gens qu’elle n’aimait pas dans son téléphone en les photographiant, mais une héroïne méchante mais que l’on apprécie est un exercice de style trop compliqué pour moi. Dans la seconde version, elle découvrait le gars dans son téléphone : il était prisonnier d’un monde virtuel et elle rentrait dans son smartphone pour le sauver. Pareil, j’ai vite séché sur le sujet mais l’idée du gars dans le téléphone me plaisait assez. J’ai donc brodé petit à petit à partir de cette idée. Après j’ai voulu mêler le réel, le fantastique et des situations délirantes qui finissent toujours bien :).

Vous êtes en train d’écrire la suite de cette aventure, pouvez-vous nous dire un peu ce qui va arriver à Maddie dans ce second tome ?

Je crois que je me suis laissée un peu emportée sur les réseaux sociaux. J’ai effectivement commencé à écrire une suite à laquelle je pensais depuis plusieurs mois. Sur ce mois de juillet, pour me booster un peu je me suis inscrite au Camp NanoWrimo, j’en suis à environ 8 000 mots et je me rends compte que je n’arrive pas à retrouver le caractère de Maddie, celles de son entourage. Du coup, hier soir, j’ai fait un changement et l’intrigue sera la même mais avec une nouvelle héroïne. Pour en dévoiler un peu : l’histoire se déroule lors des préparatifs d’un mariage. À voir si mes personnages ne vont pas à nouveau me jouer un mauvais tour. 😀

Si j’ai bien suivi votre actualité, une autre chick-lit devrait sortir aux éditions Alter Real, pouvez-vous nous en parler un peu ?Avec plaisir. Le prochain roman sortira normalement début 2019. Il s’intitule Le jour où ma sœur a débarqué.

Il s’agit de l’histoire de Lizzie, une trentenaire ambitieuse qui a quitté sa famille dix ans auparavant en coupant tout contact. Sa routine va être chamboulée quand sa petite sœur se présente un matin devant sa porte avec quelques ennuis. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce livre. J’espère que les lecteurs apprécieront également.

Vous êtes écrivaine, mais également lectrice et vous tenez d’ailleurs un blog littéraire, comment est arrivée cette envie (ce besoin ?) de partager sur vos lectures ?

Je suis arrivée à un moment de ma vie où j’avais lu tous les Levy, Werber, Musso, Martin… Et je me suis dit mais c’est toujours pareil. Je ne trouvais plus d’originalité dans ces best-seller formatés. Je lisais, des fois même je dévorais, comme quoi la machine est bien huilée pour plaire mais il me manquait un petit quelque chose. C’est alors que l’été dernier j’ai découvert un groupe où les petites ME et les auteurs indépendants demandaient des avis sur leurs livres via des services presse. Je me suis dit pourquoi pas ! J’ai ensuite discuté avec des auteurs et j’ai compris la difficulté de se faire connaître, alors si j’apporte une petite pierre à l’édifice, je suis heureuse pour eux. Si je peux susciter l’envie chez un lecteur potentiel : le pari est gagné :).

Que lisez-vous en ce moment ? Parlez-nous de votre dernier coup de cœur livresque.

En ce moment, je suis sur plusieurs livres en parallèle : un recueil de nouvelles aux éditions Alter Real A l’aigre douce de Dominique Theurz, le recueil de nouvelles des auteurs indépendants Destinations inconnues, le roman F/F (mon premier essai du genre) Vivianne de Justine Bourcelet aux éditions Reines-Beaux. Mes deux derniers coups de cœur sont Solo Tù de Céline Jeanne et Te revoir à Penn Aven de Marjorie Levasseur. J’ai dévoré ces deux romans en moins de trois jours. Si votre PAL est vide, je vous conseille ces deux merveilles.

Céline Jeanne

Céline Jeanne est une écrivaine qui débarque sur la scène littéraire le 1er février 2018 avec la première saison de sa romance explosive : Mi vida es mia. À peine deux mois après son entrée fracassante, elle enchaîne avec un roman bouleversant Solo tú. Après avoir remporté le cœur des lectrices de romance avec son premier roman, elle les comble totalement avec cette deuxième histoire. Mais malgré leurs différences, ces deux récits ont un point commun : leur décor. Férue de la culture hispanique, Céline Jeanne ancre chacun de ses récits dans un pays latino, du Salvador, à l’Espagne, elle nous fait voyager à travers les continents, et les émotions.

Auteur de romance, pourquoi ce choix de vous cantonner à un seul genre littéraire ? Vous voyez-vous écrire dans un autre style ? De la fantasy ? Ou des variantes de la romance, comme une romance paranormale ?

Je lis de tout, mais en ce qui concerne l’écriture, la romance est le genre qui me vient le plus naturellement. Avant de coucher sur le papier mes histoires, elles tournent dans ma tête, m’accompagnent au quotidien, et ce sont toutes des romances. Cela ne veut pas dire que je n’apprécie pas les autres genres, bien au contraire. Mais la romance a ce petit quelque chose qui me fait glousser en cachette et m’habite. Par contre, la romance paranormale m’attire moins. J’aime bien en lire de temps en temps, mais je ne m’imagine pas en écrire. Je préfère pour le moment les déclinaisons Young Adult, New Adult, Romance contemporaine qui offrent déjà un large choix de possibilités !

Mi vida es mia, Solo tú, vos romans s’inscrivent dans des univers hispaniques, parlez-nous de votre passion pour ces pays chauds. Quel est votre pays latino préféré ?

Mon intérêt vient sans doute du fait que j’ai vécu en Espagne. Cela me donne un accès direct à la presse et à la littérature hispaniques qui me permettent de plonger dans ces cultures si riches. A vrai dire, tous les phénomènes de société me passionnent : de la situation des populations indigènes en Australie à ce qui se passe en ce moment au Venezuela… J’aime comprendre, me plonger dedans, voir au-delà des apparences et des lieux communs. Je me suis tournée naturellement vers le monde hispanique parce que ma connaissance de la langue espagnole m’a permis de découvrir d’autres cultures et donc de combler ma curiosité naturelle. Le champ des possibles est tellement vaste avec l’Espagne et l’Amérique Latine… Leur histoire est si riche, leur présent complexe… On pense souvent à tort que comme l’espagnol est la langue de tous ces pays, ils sont identiques. Rien de plus erroné… J’ai de quoi satisfaire ma curiosité naturelle pendant un bon moment ! Mon pays préféré ? Vaste question… Malgré tout ce qui se passe à Cuba depuis les années 50 (la dictature, etc), ce pays m’attire énormément. Il me fascine. Il est comme figé dans le temps, comme si la modernité ne pouvait y rentrer qu’à pas feutrés. Cela a un impact sur la société, et fait que les gens conservent un état d’esprit particulier, caractéristique de ceux qui n’ont rien : solidarité, entraide, débrouillardise… Ce sont des valeurs naturelles là-bas. Au niveau culturel, l’île m’intéresse beaucoup : y règne un étonnant mélange entre l’Espagne, l’Afrique et les cultures précolombiennes.

Si je devais partir en voyage, où me conseilleriez-vous de poser mes valises ? Que me conseillez-vous de visiter ?

Cela dépend de quel type de voyageuse vous êtes. Comme je vous le disais dans ma réponse précédente, Cuba est une destination à découvrir, d’autant plus que la modernité envahit de plus en plus l’île et qu’on ne sait pas ce qu’elle sera dans cinq ans. Si l’histoire et les cultures précolombiennes vous attirent, le Pérou avec la Route des Incas et Macchu Picchu est le pays idéal. Vous pourrez même côtoyer des populations indiennes qui allient tradition et modernité. La belle Buenos Aires ou la pieuvre Mexico DF sont multiculturelles, et la Patagonie Argentine vous ramènera aux origines, dans des terres encore sauvages et d’une beauté éblouissante. Le panel est vaste ! Difficile de n’en choisir qu’une ! L’avantage des pays hispaniques est qu’il y a autant de cultures (voire plus !) que de pays !

Pour avoir lu et adoré Mi vida es mia, une question me turlupine, d’où vous est venue votre inspiration ? Et surtout, avez-vous un modèle pour le dangereux Adrian ? Et pour la belle Amaya ?

J’ai découvert les maras avec un documentaire, et à la fin de celui-ci, un sentiment étrange flottait en moi.J’avais vu évoluer des criminels, des assassins même, mais je ne pouvais pas les détester. Pire encore, au fil de ce documentaire, je m’étais attachée à eux. Je n’étais pas à l’aise avec ce sentiment, j’avais l’impression de passer à côté de quelque chose d’essentiel. Alors j’ai creusé. J’ai découvert qu’effectivement, le système des maras est une réalité bien plus complexe qu’un simple phénomène manichéen de bien ou de mal, ou que la simple manifestation d’un gang. Ils sont comme cela parce que la société les a faits ainsi. Ils sont en quelque sorte une réponse aux manques de la société.Pour mes personnages, je n’ai aucun modèle ou personne dans la tête, juste eux. C’est d’ailleurs un peu un problème, car quand on me demande qui pourrait les représenter, je n’en ai aucune idée… Je ne trouve personne qui corresponde exactement à l’image que j’ai d’eux, alors je suis bien embêtée !

Pour inscrire votre histoire dans l’univers des maras, vous avez dû faire beaucoup de recherches, comment cela s’est-il déroulé ?

Comme je le disais, le point de départ a été un documentaire, et ensuite, j’ai fouillé : j’ai lu la presse hispanique, des ouvrages qui tentent de s’approcher de ces groupes, d’appréhender leur réalité crue, j’ai essayé de comprendre l’histoire du Salvador, vu d’autres documentaires… J’ai pris des notes dans mes carnets pendant un an pour présenter un décor le plus proche possible de la réalité. Lors du premier documentaire, je ne pensais pas écrire dessus. Cela m’intéressait, c’est tout. Et Adrián a pris vie un jour pendant le trajet que je fais pour aller travailler. Suivi d’Amaya. Puis Apocalipsis et Adelina. Ils se sont animés dans ma tête. La trame était là, mais je voulais que le décor soit le plus réaliste possible. Alors, comme les Shadoks, j’ai creusé, creusé et creusé… Et je continue à le faire encore aujourd’hui…

Aujourd’hui, on voit sortir une multitude de romances érotiques, dite « New Adult », pourquoi avoir décidé de rendre Mi vida es mia plutôt sage côté sexe ? Un choix délibéré ? Ou une finalité en soi ? N’aviez-vous pas peur de provoquer une sorte de manque chez le lecteur ?

La notion de manque est un risque que j’assume. En réalité, j’écris la romance telle que j’aime la lire. Mes auteures de prédilection sont Colleen Hoover et Jennifer Armentrout, et leurs romans ne sont pas tous sulfureux. Ils racontent une histoire, et en fonction de cette histoire, le sexe a une place plus ou moins importante. Dans mon cas, pour le moment, aucun de mes personnages ne m’a amenée à faire du sexe un fil conducteur pour mes récits. Cela viendra peut-être, mais dans ce cas, il servira l’histoire et mes personnages, et aura une raison d’être. Par exemple, pour Amaya et Adrián, je ne les imaginais pas se rencontrer et se sauter dessus au bout de dix pages. Amaya ne rentre pas dans ce schéma, cela n’aurait pas été cohérent avec le personnage. Adrián a dû l’amadouer, montrer qui il est au-delà de son physique… Et je ne voulais pas faire de lui le membre habituel d’un gang, parce que les maras ne sont pas des gangs classiques. Des Adrián peuvent exister dans la vraie vie, et avoir son parcours. Petite confidence malgré tout (je suis bavarde, mon mari n’arrête pas de me le reprocher !) : dans la version originale de Mi vida, il y avait deux autres scènes plus intimes entre Amaya et Adrián, mais le roman était trop long, et j’ai dû le raccourcir. J’ai fait ce choix de scènes car je ne pouvais pas couper l’histoire.

Si j’ai adoré Mi vida es mia, je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir Solo tú, qui remporte son succès également, parlez-nous un peu de ce roman.

Solo tú est avant tout une histoire de vie, une histoire de reconstruction. L’histoire du silence, de la peur. Et puis de l’amitié et de l’amour. C’est un roman qui m’est sorti des tripes, un peu comme si Iria avait besoin que quelqu’un parle pour elle. L’écriture est d’ailleurs un phénomène étrange, quand je me suis lancée dans Solo tú, j’étais bloquée dans une scène assez dure de Cuba Libre, mon roman en cours. J’avais besoin d’écrire quelque chose de plus léger, qui me détende. Mais l’histoire d’Iria a pris le dessus, et finalement, le résultat final est très éloigné de ce que j’avais en tête au début. Solo tú est très différent de Mi vida, mais j’ai adoré l’écrire également.

Après Mi vida es mia, parlez-nous un peu de vos projets pour cette duologie. Une suite ? Des spin-off ? Dites-nous tout et surtout, faites-nous rêver ! Et au sujet de Solo tú ? Est-ce un simple one-shot ou un roman qui pourrait avoir une suite ?

Pour Solo tú, c’est un one-shot. Iria a raconté son histoire, et je ne crois pas écrire sur l’un des personnages. C’est elle et Guillem qui m’ont portée… Pour Mi vida, c’est différent. Depuis le début, je veux écrire l’histoire d’Apocalipsis. J’aime vraiment beaucoup ce personnage, il me hante. J’ai toute la trame, l’histoire du personnage féminin, le contexte aussi, qui, en plus des maras, va montrer un autre aspect du Salvador. Il sera plus sombre, Apocalipsis l’est par la force des choses. Il a tout fait pour préserver son frère un minimum, et s’est immergé complètement dans cette vie. Il s’est en quelque sorte sacrifié pour Adrián, et on ne sort pas indemne de cela.Pour l’instant, je garde son histoire pour moi, je la savoure. On cohabite Apo et moi, et on se parle. Il est avec moi au quotidien (ouh là, je fais un peu schizo là ! lol). J’ai écrit plusieurs chapitres, dans le désordre, les scènes qui voulaient sortir… Comme pour Mi vida, il faut que je creuse certains aspects. Il y a encore des zones d’ombre que je dois éclaircir pour que le décor prenne complètement vie.

Et en dehors de ces deux univers, avez-vous d’autres projets d’écriture ? Dans un autre pays peut-être ?

J’en ai plusieurs, j’en ai toujours plusieurs (cela amuse mon mari d’ailleurs !). Les romances flottent dans ma tête… Je suis en train de terminer Cuba Libre, un roman qui se passe donc à Cuba. Comme Mi vida, il nous immerge dans le quotidien de l’île et nous amène à regarder au-delà des apparences, derrière les paysages de carte postale. Il suit Ethan (un « Yuma »-un Américain), et Cris, une Cubaine. Choc des cultures, réalisme, questionnements, tensions et, bien évidemment, amour sont au programme.J’ai hâte de me remettre à un autre de mes romans en cours : il se passe à Barcelone, dans le monde du sport. Pour le moment, il est plus léger, à voir si je parviens à garder ce cap ! (Rien n’est moins sûr, mais j’y travaille !) J’ai également en tête un roman se déroulant au Mexique. Cartel de drogues, amitié d’enfance… La trame est dans mon petit cerveau. Il me manque le contexte, je dois encore me renseigner (pour ne pas changer !).Et j’en ai encore un ou deux autres en stock, plus légers aussi, dont quelques chapitres sont écrits. Pour le moment, ils sont en sommeil. Bref, j’ai la fâcheuse tendance à m’éparpiller !

En tant que lectrice, avez-vous des romans à nous conseiller ? D’auteurs espagnols peut-être ? Une littérature peu connue en France.

J’adore la littérature espagnole ! J’ai la chance de pouvoir lire dans cette langue, ce qui m’ouvre beaucoup de possibilités de lecture. Je suis une lectrice omnivore, je lis de tout, et la littérature hispanique est très riche. Pour ne parler que des romances, j’aime particulièrement Alice Kellen (aujourd’hui, je n’ai pas arrêté de sautiller dans le chemin qui mène à ma maison – huit cents mètres de chemin de terre, c’est long quand on ne fait que sautiller !– : son dernier roman est arrivé dans ma boîte à lettres ! Je l’attendais avec impatience !). C’est une auteure qui a un talent fou ! Je suis fan de Mike (pour ne pas dire amoureuse !).J’aime également beaucoup Mercedes Ron et sa série des Culpas (« Fautes »). Une histoire de demi-frère et sœur : une montagne russe d’émotions ! Abril Camino a écrit un roman merveilleux sur la reconstruction de soi, avec deux protagonistes incroyables. Je l’ai fini il y a plus d’un mois, et j’y pense encore.