Azaël Jhelil

Azaël Jhelil est l’auteur d’un univers incroyable foisonnant d’originalité et de richesses. Les chroniques des secondes heures de Tanglmehor redonne un second souffle à la littérature fantasy française. De quoi prouver que les frenchies aussi sont capables d’écrire des choses grandioses !

Tout d’abord, une mention pour votre incroyable imagination, ceci étant dit, dites-nous tout : d’où vous est venue votre inspiration ?

Merci, Amélia !
En réalité, je n’ai pas inventé grand-chose : j’ai beaucoup lu, un peu voyagé, appris plusieurs langues, ai côtoyé des gens de plusieurs cultures… Tout cela m’a nourri, a grandi et s’est exprimé dans les « Chroniques des secondes heures de Tanglemhor ». Je ne sais pas si on invente réellement de nos jours ?
Ma principale source d’inspiration est très classique : la mythologie gréco-romaine, les croyances égyptiennes, les légendes scandinaves, « Les Mille et une nuits », « Le Seigneur des anneaux », les aventures de « Conan »… et des heures de jeux de rôles avec les copains.
Pour la trame générale, rien de bien original non plus : Robespierre, Staline, Mao, Pol Pot, Bokassa… Notre monde regorge de dictateurs qui ont marqué l’histoire.
Même mes tortures ne sont pas originales : le supplice de la Fleur de Sang n’est qu’une version poétique du lingchi, une pratique chinoise en vigueur jusqu’au XXe siècle.

Inspiration, certes, et le temps ? Combien de temps avez-vous mis pour venir à bout de cet univers si riche ? Comment avez-vous mené votre travail ? Comment avez-vous fait pour ne pas vous perdre ?

« Le temps ! Le temps ! » s’écrie Bilbo devant l’air avide de Gollum, dans « Le Hobbit ». Excellente question, car c’est tout le problème !
La première version de « L’Œuf de Tanglemhor » date de… 1989, pendant ma terminale. La première édition date de 2018. Cela fait donc : 2018-1989… Je pose mon 9 et je retiens 1… 29 ans. Il ne faut pas croire que cela fait 29 années non stop. C’est plutôt quelques mois par-ci, quelques jours par-là. La vie est chronophage : on court toujours après le temps. Mais, dans l’intervalle, les choses mûrissent, se posent, se corrigent… Ma manière d’écrire s’est améliorée peu à peu, au point qu’en 2016 j’ai recommencé tout le 1er tome qui ne me satisfaisait plus.
Au début, j’écrivais d’une traite. Puis, devant la multiplication des trames, j’ai eu besoin de créer un fichier qui répertorie toutes les actions des uns et des autres, afin de disposer d’une timeline à jour et ne pas me perdre dans la cohérence temporelle. Il faut compter les temps de déplacement, notamment, à mes yeux très importants. Pendant que les conjurés voyagent, Krûl ou la Résistance ne restent pas à se tourner les pouces. Je me mets à la place des uns et des autres et je me demande comment ils vont réagir aux divers événements.
À partir de là, j’ai bâti un plan de toute l’histoire, du début à la fin, si bien que je sais exactement où je vais et comment j’y vais.
Entre le plan et la timeline, cela me permet de proposer un travail cohérent jusqu’à sa conclusion.
Il faut être attentif, certaines pistes dans un tome trouvent leur conclusion dans un autre. Par exemple, le chapitre XV du livre III (« Problèmes de dettes ») répond au chapitre VI du livre I (« Toujours là »). Et il faut attendre le livre V pour retrouver le personnage central du chapitre XXI du livre I (« Dans les mines barbares »). Je n’écris rien au hasard !

Mythologie, cartographie, ne vous êtes-vous pas perdu entre la réalité et la fiction ? Comment se passait le retour à la vie ‘réelle’ ?

Avec les yeux qui piquent. 😉
Lorsque je m’immerge dans mon monde, c’est généralement le soir, entre 21h00 et 02h00, ou le week-end. Parfois j’écris toute la journée, ou toute la nuit, avec le casque sur les oreilles (je choisis ma musique en fonction des passages) et une bouteille d’eau à portée de main. Si je suis seul à la maison, je peux perdre conscience du temps qui passe. Cela signifie que je m’amuse bien ! J’oublie même de manger…

En parlant de cartographie, comment avez-vous créé la carte de votre monde ? Est-ce un processus compliqué ?

C’est tout simple.
Un premier jet au brouillon pour situer les régions, les grands mouvements géologiques etc. Les montagnes et les cours d’eau déterminent des frontières naturelles. Une grande ville a obligatoirement besoin d’une rivière à proximité. Un pays a besoin d’accès à la mer pour son commerce, de grandes voies de transport… Je fais coïncider ces éléments avec ce que j’imagine de mon monde pour faire une carte crédible. Puis je passe la main à mon fils Wotan, pour l’aspect plus artistique et la maîtrise du logiciel de dessin.

‘Vit ma hal’ vous avez commencé les prémices d’une nouvelle langue, vous avez réfléchi à une vraie structure, ou c’est juste quelques mots pour les besoins de l’histoire ?

Au début, c’était juste quelques mots. Et puis, il en a fallu d’autres et d’autres encore. J’emploie la méthode qui a servi à créer l’espéranto, très intéressant projet de langue syncrétique. Par exemple, le ctasharre est un mélange de latin, de breton, d’arabe et de mots totalement inventés. Quelques bases grammaticales simples pour ne pas m’emmêler dans le fonctionnement de la langue et le tour est joué !
Par exemple, « vit » vient du breton « evit », signifiant « pour », tandis que « ma » vient de l’arabe « que ». Quant au mot « hal », il vient du nom de la déesse du Foyer « Hal » (inventée à partir de la déesse Hestia) et désigne par extension tous les mots autour de la notion de « vie ». Donc : « Pour que vive ».

Pour ce qui est de tous les noms, que ce soit ceux des divinités, ceux des peuples, ou encore les lieux, comment avez-vous mené la réflexion ?

Cette interview est drôlement pointue !
La plupart des noms ne sont pas inventés et viennent de la mythologie grecque ou germanique. « Orc » vient du latin « orcus », une divinité infernale romaine reprise par JRR Tolkien et de nombreux ouvrages de fantasy. « Lacertys vient du latin « lacertus », le lézard : j’ai simplement hellénisé le mot. Les trolls et les gnomes viennent du folklore scandinave et les fées des légendes du Moyen-Âge occidental. « Migou » est le mot employé au Tibet pour parler du yéti…
Quant aux noms des personnages ou des lieux, ils me sont venus tout seuls, comme si toutes mes influences s’étaient mélangées pour renaître spontanément. Il paraît qu’ils sont compliqués ? Moi, je ne trouve pas…

Après cette grosse trilogie avez-vous prévue un autre univers ? Vous lancez dans un autre genre ? Ou peut-être une suite ? Un spin off ?

Désolé, ce ne sera pas une trilogie. À l’origine, j’avais prévu une tétralogie, avec des volumes de 800 pages chacun. Devant les nombreux retours que j’ai eu l’année dernière – certains soutenant que le livre était assez lourd pour profiter aux blessés en rééducation physique –, je me suis résolu à le couper en deux, ce qui m’a permis d’ajouter des annexes. Ce sera donc 7 ou 8 livres.
Pas plus. Pas de suite. C’est fini, fini. Pas de spin-off – en tout cas, je n’en ai pas envie pour l’instant.
J’ai d’autres projets, effectivement. D’autres personnages de fantasy me demandent à naître, dans du post-apocalyptique, entre autres.

Votre saga se scinde en deux, entre High Fantasy et Dark Fantasy. Pourquoi ne pas avoir planché plus pour l’un que l’autre ? Pourquoi pas l’ancrer simplement dans de la dark fantasy ? *fan de dark fantasy*

J’adore les deux genres.
J’aime l’optimisme, le courage et le côté épique de la high fantasy. J’aime autant le pessimisme, la rage et la fatalité qui plombent la dark fantasy. D’un autre côté, je trouve que la high fantasy est trop simpliste : le Bien contre le Mal, sans se pencher sur les racines de ce Mal, les peuples « gentils » contre les peuples « méchants », sans voir qu’ils sont très semblables… De l’autre côté, je trouve que la dark fantasy manque souvent de panache , de grandeur… de power metal !
Mes personnages sont soit l’un (comme Serpent de Lune ou Oriana), soit l’autre (comme le Fléau de Feen ou l’empereur du Levant), soit ambivalents (comme l’Ombre ou Geinkys).
Du coup, je n’ai pas voulu trancher. Et je m’amuse beaucoup à voir évoluer les uns ou les autres au fur et à mesure de l’histoire. Je n’en dis pas plus !

Le duo Oriana/L’ombre a-t-il une signification particulière pour vous ? Après avoir enchaîné les biopic sur les grands écrivains, j’ai appris que souvent certains personnages avaient une signification particulière pour les auteurs (je pense notamment à Tolkien, ou Mary Shelley).

Mary Shelley se voyait dans le monstre de Frankenstein ou dans son créateur ? Pour ma part, je suis dans tous mes personnages, du plus lumineux au plus sombre. Je me suis sondé mais j’y ai également mis nombre de mes proches, qui peuvent se retrouver dans l’un ou l’autre. Mais ils n’ont pas de signification particulière. Ils sont tous une possibilité.

D’ailleurs, Oriana est un personnage au caractère fort qui n’a pas peur de se salir les mains alors qu’elle est issue de la noblesse, était-ce ainsi que vous la voyez depuis le début ? Ou a-t-elle évolué ainsi naturellement ?

À l’origine, c’était Serpent de Lune qui ouvrait le premier chapitre. Les personnages arrivaient les uns après les autres et il fallait attendre la moitié du livre pour voir où je voulais en venir. Je n’étais pas satisfait mais je ne voyais pas où cela clochait. Et puis je me suis interrogé pour savoir qui était véritablement le personnage central. J’ai été étonné de constater que c’était Oriana. J’ai donc repris tout le livre en la mettant à la place qui est la sienne. C’est pourquoi elle apparaît désormais dès le premier chapitre.
Elle a toujours été comme ça. Courageuse, décidée, intrépide, fière, hautaine parfois… tout en ayant le cœur sur la main. Une femme épatante.

Petite aparté pour mon âme de romantique, Oriana et L’Ombre vont-ils vivre une romance à la Roméo et Juliette ?

Roméo et Juliette ?! Ce serait terrible ! Les deux meurent à la fin ! On n’est pas obligé de tuer les deux… si ?

Pour terminer, vous verriez-vous écrire dans un autre genre littéraire ?

J’ai écrit un petit roman d’anticipation, terminé mais que je dois reprendre. Il est très actuel, et de plus en plus chaque jour 😦
D’autres genres pourraient m’intéresser aussi.
Mais il me faut du temps !
Ma priorité reste cependant les « Chroniques des secondes heures de Tanglemhor », pour ne pas trop faire attendre mes lecteurs. Pour Noël, j’espère paraître le 4e tome.
Ensuite, il va me falloir un peu de temps pour terminer le 5e. J’en suis à la moitié. Le 6e et le 7e sont chapitrés, avec des scènes que j’ai hâte d’écrire tellement elles sont intenses ! Je promets un dernier tome totalement « hark » fantasy… et un dénouement à l’avenant !

2 commentaires sur « Azaël Jhelil »

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir.

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