Blogueuse et écrivaine : deux activités incompatibles ?

J’adore lire. C’est pour ainsi dire mon activité favorite. Mais, j’aime beaucoup écrire aussi. Vous savez, raconter des histoires, mettre des mots sur des émotions. Faire battre le cœur des lecteurs. Alors, assez logiquement, je suis devenue blogueuse culturelle pour partager mes passions, entre lecture, cinéma et autres séries TV… mais aussi écrivaine. À mes heures perdues. Il faut dire que j’ai tendance à privilégier la lecture à l’écriture. Sans doute à cause de mon côté feignant. Lire un produit fini est tout de même moins fatiguant que de le créer soi-même. Et puis, je pense que l’écriture est le prolongement de la lecture, et inversement, la lecture est le prolongement de l’écriture. L’un ne peut pas aller sans l’autre. Parce qu’on a toujours essayé un jour d’écrire une histoire… Alors, être blogueuse et écrivaine ne devrait poser aucun problème n’est-ce-pas ? Et pourtant… Et pourtant, il semblerait que ces deux activités soient plutôt incompatibles, mettant en exergue la guerre des auteurs (et maisons d’édition d’ailleurs), et des combles plutôt intéressants.

Commençons par le moins drôle. Je vous avais expliqué, il y a plusieurs mois, mon agacement face à la réaction d’une maison d’édition avec qui j’étais partenaire. Cet agacement venait du fait qu’après quelques chroniques de leurs romans, il s’avère que la moitié ont reçu des avis négatifs, voire mitigés de ma part. L’éditeur est alors venu me voir en message privé sur facebook pour mettre fin à notre partenariat, prétextant qu’à cause de mon activité d’écrivaine, je n’étais pas objective. Incapable de donner un avis non-biaisé. Parce que c’est la concurrence, vous voyez ? Parce que, forcément, quand on est écrivain et qu’on donne un avis négatif sur un autre livre, c’est parce qu’on veut réduire à néant le travail de son collègue. Autant vous dire que j’étais plutôt remontée. Donc, en tant qu’écrivaine, je ne peux pas donner d’avis négatif sur le livre d’un collègue, sinon on va me pointer du doigt en hurlant à l’infamie. Soit ! Mais, en tant que blogueuse, je me dois de donner un avis honnête et réfléchi. Tiens, en voilà une incompatibilité, non ? Le problème est donc posé. Comment faire dans ce cas ? Arrêter d’écrire ? Arrêter de donner son avis ? Ne réaliser que des avis positifs ? Personnellement, j’ai choisi de ne rien modifier à ma façon de faire. Parce que oui, les guerres entre auteurs ou maisons d’édition existent. Et je peux vous dire qu’en tant que lectrice, voir des posts ridicules pointant du doigt machin-truc parce qu’il a dit que bidule-chouette était nul, c’est franchement épuisant, navrant et risible. Plus encore, cette course au classement Amazon rebute tellement que j’en viens à laisser passer sûrement de bons bouquins simplement parce que les auteurs exposent trop leur vente. Mais ça, vous me direz, c’est un autre problème.

Donc, on a cette guerre entre auteurs, qui englobe même ceux qui restent tranquillement dans leur petite bulle d’écrivain inconnu. Mais, j’ai pu remarquer autre chose qui rend ces deux activités difficilement compatibles. En tant que blogueuse littéraire, je grince des dents quand j’entends que « offrir » la version numérique d’un roman c’est déjà beaucoup pour avoir une chronique. Je vous en avais déjà parlé dans un précédent article soulevant les problèmes du blogging littéraire. Parce que je dois lire le bouquin, réfléchir aux points à souligner, puis rédiger ma chronique. En échange de quoi, l’auteur me transmet son bouquin d’une valeur de 2,99€ à tout casser. Donc, mon blog leur sert de vitrine commerciale (puisqu’on me demande souvent des liens d’achats que je refuse désormais) pour 2,99€ ?! Aussi, dans ma tête de blogueuse culturelle, le plus juste serait de recevoir non seulement la version papier, mais d’être payé également si l’auteur ou la maison d’édition veut un article avec des liens d’achats. Ce qui est finalement logique, puisque c’est ainsi que se déroule les partenariats à coup d’articles sponsorisés dans les autres milieux du blogging. Mais voilà, c’est là qu’apparaît mon activité d’écrivaine. En tant qu’auteur je me vois mal dépenser billet sur billet pour envoyer mon roman en version papier. Et encore moins payer le blogueur pour qu’il écrive son article. Pourquoi ? Parce que sinon je serais complètement ruinée. C’est pas avec les 7€ de droits d’auteur gagnés ces 6 derniers mois que je vais pouvoirs régler l’achat des bouquins, des timbres et des enveloppes, avec le bonus dû au blogueur. C’est ainsi qu’en tant que blogueuse, ça me semble normale et qu’en tant qu’auteur ça me semble impossible ! Ceci explique donc que j’accepte le numérique et que je ne demande aucune rétribution.

À la lumière de cet article, on peut alors se demander si ces deux activités sont incompatibles ou se complètent ? Après tout, en étant écrivaine, je connais les problèmes financiers de ceux-ci, et j’accepte donc avec plaisir le numérique. Et puis, comme je suis blogueuse, je connais d’autres chroniqueurs qui peuvent lire et donner leur avis sur mes histoires. Reste évidemment le problème majeur des avis « biaisés » lorsqu’on est auteur et blogueur. Comme si, du haut de mes humbles petits textes, j’avais que ça à faire de descendre des auteurs pour que les lecteurs lisent plutôt mes bouquins. Ce genre de raisonnement me fait doucement rire. Parce que finalement, le problème ne se serait jamais posé si je n’avais réalisé que des avis positifs. Vous voyez, ce souci n’existe pas vraiment dans le blogging littéraire, nous sommes plutôt dans un esprit d’entraide. Alors que dans le monde des « petits » auteurs (parce que je pense que Maxime Chattam ou Amélie Nothomb ne se tirent pas dans les pattes) la guerre est déclarée. Comme si y avait pas assez de lecteurs pour tout le monde…

5 commentaires sur « Blogueuse et écrivaine : deux activités incompatibles ? »

  1. Je ne vois vraiment pas ce qu’il y a d’incompatible entre les deux. je pense qu’au contraire, ça ne peut qu’apporter quelque chose. Je ne savais pas que des blogueurs pouvaient être payé pour lire un SP. Je trouve ça pas très honnête vu qu’on nous offre déjà un livre.

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    1. Je suis d’accord sur le fait que ça apporte un plus. Mais, comme tu l’as lu dans mon article, ce n’est pas l’opinion de tout le monde et ça pose problème. Après, je me permets de te contredire. Tu parles d’honnêteté mais ça n’a rien à faire ici. Un blogueur beauté va recevoir des produits à tester gratuitement, comme nous recevons un livre, il va ensuite rédiger un avis et mettre des liens d’achats. On appelle ça un article sponsorisé. C’est ce que nous faisons quand on a des SP. Les blogueurs beautés sont payés. Ils reçoivent un montant en fonction du nombre de mots de l’article et de leur influence. ça peut aller jusqu’à 100€ par article. Pourquoi pas les blogueurs littéraires ? Beaucoup de personnes ont ton point de vue, qui, à mon avis, rend bien léger le boulot de chroniqueur.

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      1. Je ne savais pas pour les blogueuses beautés mais du coup, j’ai un peu de mal à croire qu’elle soit neutre dans leurs avis surtout si c’est en fonction du nombre de mots. Après pourquoi pas mais contrairement au marque de produits de beautés, toutes les maisons d’éditions ne peuvent pas se permettre de rémunérer des blogueurs en plus d’envoyer un SP. Mais bon, tant que les gouvernements ne feront rien pour améliorer la situation des faiseurs de culture, ce n’est pas prêt de changer.

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      2. Voilà, exactement. Et du coup, en tant qu’écrivaine moi-même, je me rends compte que c’est impossible aussi 🙂

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  2. Être autrice-teur tout en étant blogueuse-eur, ça n’est pas incompatible. C’est même tout le contraire. Ces deux activités se complètent à merveille, et je dirais même qu’il y a plusieurs manières très différentes de nouer les deux. J’en ai trouvé une, d’autres en ont trouvé de nombreuses autres.

    Cela dit, oui, pour moi, être un auteur publié tout en étant un blogueur qui signe des partenariats avec des maisons d’édition, ça me paraît plus problématique. Même si, clairement, la déontologie de l’activité de blogueur reste à définir, le fait de tirer des revenus pour à la fois écrire des romans et les critiquer, c’est s’exposer au risque de manquer d’impartialité, ou en tout cas d’en être accusé. De la même manière qu’il me semble impossible d’être journaliste tout en étant élu à une fonction publique, j’ai le sentiment qu’il y a des situations où il faut choisir son camp.

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